Entrepreneur des deux rives.Mehdi Najeddine : "On se place comme le Hermès du digital"

Le Franco-Marocain, directeur associé de Void, en est aussi le fondateur et le directeur de l’Innovation. (crédit photo : Said Benhamida)

En 2005, alors qu’il est encore étudiant, il fonde l’agence digitale Void*, qui évolue aujourd’hui entre la France et le Maroc. Attirant des clients prestigieux, son entreprise s’est hissée parmi les plus efficaces du secteur de la communication numérique.

Quel est votre parcours et d’où vous vient cette passion pour l’informatique ?

Je suis franco-marocain. J’ai grandi à Agadir et j’adorais le “hack”, pas pour pirater, mais plutôt pour le côté bidouille. C’était une curiosité, une envie de démonter, de voir de l’intérieur. Très peu de personnes partageaient cette passion à l’époque. Alors, après avoir passé mon bac, j’ai intégré une école d’ingénieurs orientée vers le business, avec des gens passionnés par le digital.

Comment vous est venue l’idée de créer une agence digitale, il y a plus de dix ans ?

Très naturellement. A l’Epitech, il assez courant que des étudiants lancent leur entreprise durant leur parcours scolaire, comme mon confrère marocain Hamza Abou El Fath ou, en France, Bruno Lévêque, le créateur de PrestaShop, et Alexandre Malsch qui a fondé Melty. Très tôt, j’ai perçu qu’il y aurait un besoin de main-d’œuvre dans le digital au Maroc. J’ai créé l’entreprise en France, en 2005. A ce propos, on ne dit pas assez à quel point on est bien accompagné lors du lancement d’une entreprise en France. On recevait par exemple, grâce à l’Aide aux chômeurs créateurs ou repreneurs d’entreprise (Accre), des chèques-conseil qui permettaient de bénéficier de divers soutiens à moindre coût.

Très vite, vous avez été rejoint par Olivier Delas, qui est devenu votre associé…

Au démarrage, Olivier était l’un de mes premiers clients. Il gérait la création de Digitas (filiale digitale du groupe Publicis). Avec son équipe d’une centaine de créatifs, il m’a confié la production technologique. On a eu assez rapidement une dizaine de collaborateurs dédiés à Publicis sur des gros projets pour des marques comme Lancôme ou Nestlé. Par la suite, on se voyait, on se connaissait, on se rencontrait. Quand il a quitté Digitas, le mariage a semblé naturel.

C’était important pour vous d’avoir un pied en France et un autre au Maroc ?

C’était stimulant. Le digital est plus avancé en France, plus mature, avec des techniques éprouvées. Au Maroc, il y a encore tout à faire. C’est un vrai bonheur de bosser sur ces deux marchés avec des grands contrats en France comme Accor, Pernod Ricard ou Aéroports de Paris, et d’accompagner ces clients sur la stratégie digitale ou la production de contenus. Cela nous permet aussi d’appliquer les mêmes règles pour les grands comptes marocains comme Attijariwafa Bank, Saham assurance, la Caisse de dépôt et de gestion (CDG)… On peut ainsi passer d’un marché à l’autre. Nous réalisons presque 2 millions d’euros de chiffre d’affaires, 1 million dans chaque pays. La différence se situe aussi dans le modèle d’organisation salariale. En France par exemple, on fait appel à des talents indépendants qui ont leur entreprise. C’est le mode de fonctionnement de demain.

Quelle est la différence entre une agence digitale et une agence de communication classique ? Est-ce seulement le web qui s’ajoute ?

Pas du tout, on réfléchit différemment. Ce sont deux métiers très codifiés. D’ailleurs, l’histoire nous l’a bien fait comprendre. Certaines agences traditionnelles ont essayé de faire du digital. Cependant, elles ont surtout racheté des sociétés sans que cela ne fonctionne vraiment. Ce sont des organisations qui n’ont rien à voir. Il y a un titre en commun – la communication – mais l’esprit, l’ADN, sont très différents.

Comment se différencie-t-on sur ce marché très concurrentiel ?

Au Maroc, nous sommes parmi les rares agences à intégrer les différents métiers du digital. Il fallait qu’on ait trois pôles forts : la techno (avec un pôle d’expertise et de veille technologique, et non pas simplement deux développeurs), des talents créatifs et, enfin, des activités de spécialisation et de webmarketing sous un même toit. On voulait garder le tout à taille humaine, un peu comme une maison de haute couture. On se place comme le Hermès du digital.

Le digital est-il un secteur d’avenir au Maroc ?

Nous ne sommes qu’au début. Il y a une dynamique avec par exemple le Technopark, dirigé par Lamiae Benmakhlouf, une très bonne initiative qui va de l’avant. Pourtant, on reste sur un marché où les prix sont tirés vers le bas. On sait qu’il faut investir, former, et qu’il va falloir une rupture avec les anciennes recettes à succès de certaines entreprises. Dorénavant, il faut un œil nouveau. Je suis plutôt optimiste. Les grandes entreprises marocaines ont intégré ce facteur digital mais la prochaine étape est que les investissements suivent en interne, avec des process, des études de management pour innover sur les produits, pour transformer l’entreprise et pas simplement des financements en publicité.

Vous accompagnez des étudiants, notamment avec le Digital Championship. Pourquoi ce choix ?

Je me suis inspiré de l’idée de Nicolas Sadirac, qui ­dirige l’école 42 (fondée avec Xavier Niel, ndlr) et que je considère comme un visionnaire. Cet écosystème avec un esprit de partage, où l’on peut élaborer un projet avec un camarade et le confronter le lendemain à un entrepreneur, m’a beaucoup marqué. J’ai trouvé cela nécessaire de faire de même. Il y a aussi StartUp Maroc, qui intervient au niveau de l’école mais aussi pour des start-uppers qui ont déjà des clients et ont besoin de conseils… J’essaie d’intervenir comme un mentor.

Comment envisagez-vous l’avenir de votre entreprise ?

Nous avons une bonne réputation. Nous avons notamment beaucoup investi ces trois dernières années dans l’industrialisation, dans des outils qui nous permettent de proposer des offres attractives et de faire la différence. On prévoit de continuer à accompagner les grands comptes dans leur métier avec, par exemple, cette spécialisation que l’on a acquise, dans le domaine de la banque et de l’assurance. On va tâcher de s’intégrer dans les problématiques internes de leurs métiers pour la transformation digitale. 

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