France. « Omerta tunisienne » au procès d’une rixe mortelle entre pizzaïoli

Les témoignages des protagonistes de l’affaire devant cour d’assises d’Évry se contredisent, alimentant le flou autour du meurtre de Fathi Boussourra. Éric Cabanis / AFP

Qui a tué Fathi Boussourra, le pizzaïolo de Corbeil-Essonnes, d'un coup de couteau dans le dos en 2011 ? Dans le box des assises d'Évry, deux accusés se renvoient la responsabilité, et à la barre, c'est l'omerta. Les versions des accusés et des témoins se contredisent, alimentant le flou pour la cour.

Un meurtre, deux accusés

Le 31 janvier 2011, le nouveau gérant d'Aldo Pizza, qui venait d'obtenir ses papiers dix ans après avoir émigré de Tunisie, s'effondre dans les bras de sa compagne, poignardé dans le dos devant son domicile alors qu'il rentrait du travail. À la barre, sa veuve, enceinte à l'époque de son deuxième fils, est en pleurs. « C'est lui qui subvenait aux besoins de toute sa famille », sanglote cette jeune femme de 24 ans. Fathi avait sept soeurs.

Les deux co-accusés, Tunisiens en situation irrégulière qui vivaient de petits boulots dans les pizzerias de la ville, se rejettent eux la responsabilité. Pour Ahmed Fazai, footballeur talentueux de 23 ans resté en France sans avoir pu intégrer le club qu'il convoitait, c'est Nader Khiari qui l'a « planté » alors que lui venait juste de lui asséner un coup de pied. « Ma copine était enceinte, j'avais une occasion d'avoir des papiers, pourquoi l'aurais-je tué ? », a-t-il demandé le regard sombre.

À ses côtés dans le box, Nader Khiari jure que « c'est Ahmed qui est à l'origine de la mort de ce monsieur. Il veut que je paye avec lui. » « La justice tranchera, mais la vérité éclatera dans l'au-delà », a ajouté ce musulman très pieux, qui porte sur le front le « tabaa », le stigmate de ses fréquentes prières.

« Omerta tunisienne »

Les témoins, dont certains jurent avec la main gauche, n'aident pas beaucoup la cour. Pour un ami d'enfance de Nader, c'est Ahmed qui portait le lendemain encore du sang sur son pantalon. Pour une autre, Nader en avait le soir sur ses chaussures. Le patron de ce dernier affirme n'avoir rien vu. Nader le désigne comme témoin direct. « Vos témoignages, vos discordances : c'est le flou artistique ! » s'est exclamée l'avocate générale.

Pour ne rien arranger, l'ex-compagne d'Ahmed, qui avait livré les plus fortes accusations, n'est pas présente à l'audience. Elle a accouché lundi. Le lendemain des faits, par jeu, elle avait frappé fortement à la porte de l'appartement où se trouvaient les deux hommes. Paniqués et croyant à l'arrivée de la police, ceux-ci avaient sauté par la fenêtre et s'étaient blessés grièvement.

Deux semaines plus tard, elle avait conduit les policiers jusqu'à la planque de son copain, qui avait été arrêté. Nader s'était enfui de l'hôpital la veille. « Une coïncidence troublante », selon Jacques Bourdais, l'avocat d'Ahmed Fazai. « On n'a pas entendu un seul témoin qui ne soit pas soumis à des pressions. C'est l'omerta tunisienne », a déclaré Xavier Laureote, avocat des parties civiles.

Accusés désormais liés par le verdict

En fin de journée, le président François Sottet s'est adressé aux accusés : « Dans l'hypothèse où il soit impossible de savoir lequel de vous deux l'a fait, on peut soit vous acquitter, soit vous condamner. Il y aura nécessairement une injustice. Je fais appel à votre conscience, ce serait le moment de parler. »

S'excusant tous deux face à la famille, ceux-ci n'ont pas changé de version. Les réquisitions et le verdict sont attendus jeudi.

Rached Cherif

(Avec AFP)

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