La Série Musique.Maurice ElBaz : "Le mouvement yéyé est une fabrication marketing"

crédit photo : Hicham Damir

MAGAZINE JANVIER 2018

Maurice Elbaz est producteur à Casablanca depuis près de vingt ans. Son label FTG Records, promeut une génération d’artistes “fusion” qui mélangent sonorités orientales et occidentales. Nostalgique des sixties, le producteur se remémore les yéyés et explique pourquoi ce courant a rencontré une audience très relative au Maroc. 

Selon vous, la vague yéyé a connu une influence limitée au Maroc ?

Effectivement, il y a eu le phénomène Tina Banon, connue au Maroc sous le nom de “Malika”, mais son parcours est assez particulier. Il faut savoir que, dans les années 1960, le mouvement yéyé est une pure fabrication marketing qui correspond à une époque bien particulière en France. C’est le moment où Daniel Filipacchi lance l’émission de radio à succès Salut les copains sur Europe 1, ainsi que des magazines pour faire vendre des tubes. Le yéyé, c’est la naissance de la musique commerciale, avec la promotion d’artistes qui sortent un 45 tours mais qui ne durent pas. D’une certaine manière, c’est un peu l’équivalent de Arabs Got Talent ou de The Voice aujourd’hui. Au Maroc, à la même époque, les magazines, les radios ne sont pas en capacité d’émettre ces formats grand public. Et peu de personnes ont accès aux hits yéyé en dehors des Marocains issus de la bourgeoisie ou des expatriés.

Quels sont les artistes marquants de la scène marocaine au tournant des années 1960-1970 ?

Il y a bien sûr Vigon, incontournable chanteur de la scène rhythm and blues marocaine. Il a commencé dans les années 1960, avec son groupe Les Toubkal, en reprenant des standards américains. Puis, il s’est installé en France et a joué avec Michel Jonasz pour le groupe Les Lemons. C’est l’un des rares musiciens marocains qui a construit une carrière durable, entre la France et le Maroc. Il y a aussi Les Golden Hands, un groupe de rock’n roll formé à Casablanca en 1969. Il faut écouter leur géniale version de Mirza, le titre de Nino Ferrer, chanté en arabe. Je pense aussi au chanteur Bob Jalil, qui a eu une carrière plus éphémère. Sa version arabophone de Poupée de cire, poupée de son, écrit en 1965 par Serge Gainsbourg pour France Gall, vaut le détour. Et puis, le chanteur Fadoul est un phénomène de la funk, il a repris des tubes de James Brown avec une énergie impressionnante. Dans un registre plus pop, les Frères Megri, originaires d’Oujda, sont de véritables stars. Leurs titres Lili Twil (La nuit est longue) ou Dam didam dam sont toujours fredonnés par toute une génération.

Que reste-il de cet élan musical aujourd’hui ?

Avec le départ des maisons de disques françaises, au milieu des années 1970, le marché de la musique fusion s’est effondré. Depuis le début des années 2000, avec mon label FTG Records, nous cherchons à promouvoir de nouveaux talents marocains. C’est le cas avec Sanae Jabrane and The Zamane, qui puisent dans le répertoire de cette première période fusion, le groupe de rock Manar ou encore Jamal Oussfi et sa pop berbère.

La suite de la série Musique : Maghreb Rock'n roll

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