La Série Musique.Tina Banon : "Le public restait pour moi, pas pour Trenet”

MAGAZINE JANVIER 2018

La chanteuse marocaine Malika, surnommée Tina Banon, en référence à Tina Turner, connaît dès l’enfance un destin musical fulgurant pendant la période yéyé parisienne. “Le Courrier de l’Atlas” a retrouvé sa trace pour une interview historique. 

Vous êtes l’icône marocaine de la période yéyé, comment avez-vous débuté votre carrière ?

Je suis née en 1951 et je chante et danse depuis l’âge de 5 ans. Ma mère était productrice radio et organisait des spectacles au Maroc. C’est elle qui a écrit en arabe le morceau Ya Ya Twist, un de mes premiers tubes. A 11 ans, j’ai chanté aux arènes de Casablanca, lors de la première du spectacle de Johnny Hallyday. Lee Hallyday, son producteur m’a écouté, et il a pensé que c’était du play-back. Il a fallu que je chante à nouveau pour lui, un soir, au Safa dans un club de Casablanca. Je me souviens que maman m’a réveillé, et j’y suis allée. C’est comme ça que je suis partie à Paris. J’ai alors signé un contrat avec Philips, la compagnie de Johnny. J’ai été inscrite à l’école du spectacle.

Comment avez-vous vécu cette période parisienne ?

Mes parents m’ont suivie et ont emménagé avec moi. J’étais très jeune et je n’avais pas conscience de ce qui m’arrivait. Je me souviens que je partageais la scène avec toutes les vedettes de l’époque : Françoise Hardy, Sylvie Vartan, Claude François, Richard Anthony, Les Surfs… Peu importait le style, on me donnait une chanson et je la chantais. C’était normal pour moi et ça me plaisait. Entre 11 et 14 ans, j’ai enregistré quatre 45 tours avec Philips. Il y avait des articles sur moi, des photos dans le magazine Salut les copains. Johnny m’a beaucoup aidée, il venait au studio pour me donner des conseils. Et à chacun de ses concerts à l’Olympia, j’étais en coulisses, car Lee Hallyday, son producteur, voulait que j’apprenne tout.

Quels liens avez-vous gardés avec le ­Maroc ?

Mon public marocain a été formidable pendant toute cette période yéyé. J’allais souvent à Casablanca pour des concerts et j’enregistrais des émissions de télévision. On m’appelait “La petite Malika”. Je signais des autographes et j’enregistrais des émissions de télévision. Et c’est vrai que j’étais un peu une mascotte, aussi parce que j’étais très jeune.

Avez-vous beaucoup chanté en arabe ?

A Paris, je n’en avais pas souvent l’occasion. Mais pendant mes tournées, le public arabophone adorait entendre ce mélange de hits yéyé avec des standards plus traditionnels. Je chantais Ya Ya Twist, M’sak, Lalla Fatima en arabe, et Chance ou Parc’que j’ai revu François en français. Pendant ma tournée en Algérie, j’étais programmée avec Charles Trenet. Mais le public ne restait pas pour lui. Je me souviens que j’avais voulu le rencontrer et qu’il m’avait ignoré car mon show marchait mieux que le sien à ce moment-là. Le public avait envie d’entendre du yéyé chanté en arabe. Au Liban, Fayrouz m’a même invitée chez elle ! J’ai pris conscience bien plus tard que j’avais croisé des géants de la musique.  

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