Lallab, “c’est l’endroit où les violences subies fleurissent en des luttes”

 Lallab, “c’est l’endroit où les violences subies fleurissent en des luttes”

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Chez Lallab, association féministe et antiraciste qui défend les droits des femmes musulmanes, le militantisme se décline sous une multitude de formes. Parmi elles, le Lallab Agora, un espace de savoir participatif qui propose des ateliers mensuels destinés à l’échange et à la réflexion. Lydia Ouchene, bénévole à Lallab, nous éclaire sur son expérience au sein de ce pôle formation.

LCDA : Qu’est-ce que le Lallab Agora précisément ?

Lydia Ouchene Il s’agit d’un espace qui permet de démocratiser l’accès au savoir religieux et de visibiliser les rôles que les femmes musulmanes ont eu et continuent d’avoir dans la production et la chaîne de transmission des savoirs religieux. Les Lallas – nos bénévoles – sont invitées chaque mois à échanger, explorer et questionner des formes de savoirs pluriels et participatifs dans un espace privilégié et bienveillant, où chaque expérience, avis et interprétation sont valorisés et alimentent les voies de la connaissance. Cette année, nous avons choisi d’échanger autour du livre Le harem politique : le prophète et les femmes, de Fatima Mernissi, une très grande féministe musulmane, universitaire et sociologue qui nous a ouvert la voie et en tant qu’héritières de ses luttes, il est important de l’étudier.

Elle nous rappelait d’ailleurs il y a des années que : « Nous, femmes musulmanes, pouvons marcher dans le monde moderne avec fierté, sachant que la quête pour la dignité, la démocratie et les droits humains, pour la pleine participation dans les affaires politiques et sociales de notre pays, ne proviennent pas de valeurs occidentales importées, mais font véritablement partie de la tradition musulmane. »

Qu’est-ce qui vous a poussé à intégrer Lallab ?

– Lallab est l’endroit où les violences subies fleurissent en des luttes pour un changement positif et durable. Mon engagement à Lallab prend source dans un élan de vie, de création, de construction d’une société fondée sur la liberté, la justice et la bienveillance.

Quelles problématiques, quels thèmes reviennent le plus lors des échanges avec les Lallas ?

– J’entends les violences islamophobes, racistes, sexistes et/ou sexuelles. J’entends aussi un besoin de se réapproprier, de questionner, de déconstruire, de construire des formes de savoirs pluriels qui sont souvent la cause de souffrances morales, physiques, spirituelles. J’entends une envie d’opérer des changements de paradigme, de penser des solutions nouvelles, de s’organiser et d’apporter du changement par le pouvoir collectif.

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Avez-vous en tête un témoignage qui vous a marqué et que vous pourriez nous restituer ?

– Lors du festival féministe et antiraciste LallabBirthday sur le thème des Résistantes, en 2019, Lallab a reçu Maboula Soumahoro, franco-ivoirienne de l’ethnie dioula, maîtresse de conférences, spécialiste de la civilisation américaine et notamment des diasporas africaines. Elle a dit quelque chose qui restera à jamais avec moi : « Nous sommes français·e·s de fait, nous ne l’avons pas choisi, nous n’avons pas à nous fondre ou à nous intégrer. »

En quelques mots, elle m’a libérée d’un malaise identitaire, soigneusement entretenu par un pouvoir dominant. En quelques mots, je me suis sentie légitimée dans mes multiples identités (je suis française et algérienne). En quelques mots, je me suis sentie concernée par l’avenir de la France. Sa parole a placé en moi un souffle de vie qui se transformera, presque deux ans plus tard, en un engagement à Lallab.

Êtes-vous optimiste quant à la pleine égalité homme-femme en France ? Et dans les pays musulmans ?

– Lorsqu’on regarde le terrain, chez Lallab, nous voyons que la réalité est très dure pour certaines. Les femmes musulmanes pâtissent énormément de discriminations et spécialement celles qui portent le foulard. Aujourd’hui les femmes musulmanes doivent lutter pour un accès égalitaire aux loisirs, pour un accès au travail. Selon une étude de l’ENAR, seulement 1% des CV des femmes qui portent le voile reçoivent une réponse positive. Nous plaçons l’égalité au cœur de notre travail : nous souhaitons que l’accès à des activités de loisirs soit égalitaire pour toutes et tous. Nous souhaitons chez Lallab que le droit de disposer de l’espace public, sans être attaqué, soit une réalité pour toutes également. Concernant la situation dans les pays musulmans, il faut aller voir les actrices du terrain qui connaissent mieux que nous les réalités qu’elles vivent ! Notre soutien va à toutes les femmes qui luttent pour leurs droits en tant que femme et surtout en tant que femme musulmane partout dans le monde. 

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Malika El Kettani