Maroc. Médias - Le Monde, entre mensonges et désinformation

MIGUEL MEDINA / AFP

 

On le sait depuis « Notre ami le roi », entre la presse française et le Maroc, c’est une histoire de désamour éternel et constant mais ce qui étonne le plus, c’est l’aveuglement extraordinaire des médias de l’hexagone, dès qu’il s’agit de traiter de la moindre info concernant le royaume. On passera sur l’impasse systématique des journalistes français sur toute avancée ou autre info de nature positive provenant de ce côté-ci de la Méditerranée.

 

C’est vrai, les médias n’ayant pas vocation à vendre l’image d’un pays, sauf contre monnaies sonnantes et trébuchantes comme ce fut le cas, il y a deux jours de cela, avec cet encart payé rubis sur ongle par l’Office marocain du tourisme au quotidien Le Monde, qui a pris soin de nous préciser sur la manchette qu’il s’agissait bien « d’une publicité et que le contenu avait été concocté et fourni par le dit établissement ».

C’est pourtant le même Le Monde (il s’agit bien de ce journal) qui nous a appris la déontologie de base de ce métier à l’époque du grand Hubert Beuve-Méry et autres Colombani, qui se fendait le 3 décembre d’un article qui nous a sincèrement alarmés sur l’avenir de la profession au Maroc.

A la lecture de l’article, qui rappelle un peu le sort des journalistes dans les narco-Etats de l’Amérique Latine, on apprenait l’interpellation musclée d’un certain Mohamed Drissi, directeur artistique du site d’information Le Desk.

Selon le quotidien, « Simo comme l’appellent affectueusement ses collègues, a été arrêté ( même pas le conditionnel) par la gendarmerie royale, le 30 novembre. « Les gendarmes qui enquêtent sur un documentaire diffusé le 18 novembre sur Canal+, « Aux royaumes du shit ». L’homme a été conduit dans un premier temps dans les locaux de la gendarmerie de Casablanca avant d’être emmené à Chefchaouen [à 330 km au nord de la capitale économique du royaume, dans le Rif] » précise le journaliste.

S’ensuit toute une série de détails sur l’histoire de ce journaliste en « délicatesse avec les autorités marocaines, tout simplement parce qu’il a brièvement travaillé avec les équipes de Canal+ ».

Sans oublier de citer les déboires des journalistes étrangers qui sont empêchés de faire leur boulot à l’instar de ce qui se passe dans les monarchies moyenâgeuses du golfe. Au moment où nous « mettons » sous presse, selon la formule consacrée, et en vertu des informations fournies par le vénérable quotidien, Mr Drissi, devrait faire connaissance avec la dure réalité des geôles marocaines.

En fait, la réalité est un peu plus prosaïque. Plutôt dérangée par le caractère romanesque de l’article, la rédaction du Desk a tenu à apporter les rectifications suivantes : « suite à un article paru le 3 décembre 2015 sur Le Monde Afrique, intitulé « Au Maroc, arrestation du « fixeur » d’une équipe de Canal+ », qui fait état de l’interpellation d’un membre de notre équipe, Le Desk tient à apporter les précisions suivantes :

« Contrairement à ce qu’avance Le Monde Afrique, dans un récit très imagé décrivant la venue d’une escouade de gendarmes au siège de notre publication, M. Drissi Kamili, n’a pas été interpellé sur son lieu de travail. A aucun moment, des éléments de la Gendarmerie royale ne se sont présentés aux portes du Desk, ni interrogé le portier de l’immeuble, ni patienté à son entrée que M. Drissi Kamili se livre à eux ».

Un peu plus loin, le communiqué enfonce le clou : « Il est aussi fait mention dans l’article de l’incapacité de son avocat, Me Youssef Chehbi, d’entrer en contact avec lui, « faute d’avoir été prévenu à temps ». A notre connaissance, Me Chehbi, qui conseille des proches de M. Drissi Kamili, ne s’est pas encore formellement constitué à ses côtés ».

Alors on va accuser Le Monde de faire dans la propagande servile et mensongère ?  

On peut comprendre et excuser une relative légèreté dans l’exposé des faits mais c’est la récurrence d’un parti pris patent dans la description des réalités marocaines qui pose problème,  des insuffisances et une ignorance qui découlent non seulement d’une méconnaissance crasse des réalités de ce pays, mais qui relève surtout d’une mauvaise foi assumée, quand on examine les sujets abordés dont certains font carrément dans la désinformation.

Charité bien ordonnée commençant par soi-même, il serait temps pour la presse française qui nous donne, à nous autres journalistes du tiers-monde, des leçons de liberté de la presse, de déontologie, de balayer devant sa porte. Ni la politique de ce pays, ni ses dirigeants ne sont exempts de tout reproche.

Que le gouvernement de ce pays se livre à une propagande douteuse n’est pas en soi un secret, c’est le lot de tous les gouvernements du monde mais penser systématiquement que tout ce qui concerne le royaume relève du secret, de la manipulation de l’opinion et de la dissimulation de la vérité, que les journalistes marocains émargent tous à une presse aux ordres, relève d’une cécité politique chronique et montre que les journalistes français n’ont pas encore soldé l’époque des années de plomb du Maroc des années 60.

Abdellatif El azizi

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