Menacé d’expulsion à vie, Salah Hamouri dénonce une décision injuste et inhumaine

 Menacé d’expulsion à vie, Salah Hamouri dénonce une décision injuste et inhumaine

Salah Hamouri – Crédit photo : Jean-Michel Sicot 

Salah Hamouri, avocat franco-palestinien de 35 ans, est né à Jérusalem. Il a toujours vécu en Palestine, c’est son pays et pourtant, aujourd’hui, il risque d’être expulsé à vie de sa terre natale. 

 

Jeudi 3 septembre 2020, Salah Hamouri a été convoqué au centre d’interrogatoire de Moskobiyeh, à Jérusalem. Là-bas, lui a été remise une lettre du ministre de l’Intérieur israélien. Ce dernier souhaite retirer purement et simplement la carte de résidence permanente de Salah Hamouri. Seul papier officiel lui permettant de vivre, chez lui, à Jérusalem. Une décision motivée par le passé judiciaire de Salah Hamouri. Celui-ci a déjà passé plus de 8 ans en prison, sa plus longue peine purgée entre 2005 et 2011 (voir nos éditions*).

Avec ses avocats, il a décidé de contester cette décision qu’il juge « arbitraire, inhumaine et injuste ». Ils préparent un dossier qui sera remis prochainement aux autorités israéliennes. De son côté, le Quai d’Orsay et l’ambassadeur de France en Israël a exigé que Salah Hamouri, son épouse et son fils puissent avoir le droit de vivre à Jérusalem.

 

LCDL : Vous contestez la décision du Ministre de l’Intérieur…

 Salah Hamouri : Oui. Mes avocats travaillent pour constituer mon dossier pénal. Il s’agit de Léa Tsemel et de l’association Hamoked qui défend les droits de l’homme. Ma première échéance expirait le 3 octobre, mais comme la décision est basée sur mes anciens dossiers, mes avocats ont demandé un délai supplémentaire pour pouvoir étudier mes dossiers et préparer ma défense. Le délai supplémentaire a été accordé, il est fixé au 13 novembre.

Est-il possible pour Israël de vous retirer à vie votre résidence permanente, vous qui êtes pourtant né à Jérusalem ?

Logiquement, un résident de Jérusalem ne devrait pas se voir retirer sa carte de résident. Mais, pour permettre cela, Israël a modifié deux fois la loi appelée « loi d’entrée en Israël », en 2016 et 2018.

Depuis 2018, la Knesset donne le droit au ministère de l’Intérieur de retirer les cartes de résident des Palestiniens de Jérusalem, mais cette procédure est très encadrée. La décision de me retirer la carte de résidence s’appuie sur mon « passé judiciaire » (les faits qu’Israël me reproche et pour lesquels j’ai déjà été condamné et j’ai déjà purgé ma peine) ainsi qu’une affirmation du ministère comme quoi je ne serais pas loyal à l’Etat d’Israël.

Mais nous, Palestiniens de Jérusalem, ne sommes pas citoyens israéliens, donc nous n’avons pas à être loyaux à cet Etat. Cette loi bafoue totalement nos droits.

Depuis 20 ans, les autorités israéliennes s’acharnent sur vous et vous continuez pourtant à vouloir vivre à Jérusalem…

En 2005, les autorités israéliennes m’ont proposé de choisir entre le fait d’aller vivre en France ou de rester 7 ans en prison. J’ai refusé cette proposition d’extradition car il est pour moi inacceptable de quitter la ville où j’ai grandi, où je vis depuis toujours et dans laquelle j’ai le droit de vivre avec ma famille.

C’est une question de principe pour nous, Palestiniens, de refuser de devenir une fois de plus des réfugiés au bout du mondesous la pression de la machine de l’occupation israélienne. C’est inacceptable.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.