Politique.Retour des djihadistes français : « La position de la France n’est pas claire »

Six djihadistes français condamnés à mort, en mai 2019, par la justice irakienne, pour appartenance à l’organisation terroriste État islamique.

Alors qu’en mai dernier six Français ont été condamnés à mort par la justice irakienne, en raison de leur appartenance à l’organisation terroriste État islamique, la France se livre à un délicat exercice d’équilibriste entre questions morales et droits fondamentaux vis-à-vis de ses ressortissants. 

« Nous multiplions les démarches pour éviter la peine de mort à ces Français », indiquait le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, le 28 mai à la matinale de France Inter. Pourtant, la France n’a pas l’intention de demander au gouvernement irakien de surseoir à ces condamnations à mort. Une situation délicate pour Paris qui doit jongler entre son opposition de principe à la peine de mort et le poids de l’opinion publique qui verrait d’un très mauvais œil que l’État déploie une énergie considérable pour sauver des terroristes islamistes.

Un débat vaste et épineux puisqu’il concerne également la question du rapatriement des personnes parties pour Daesh en attente d’un procès et actuellement aux mains des Kurdes. « On dénombrerait 200 à 300 personnes situées en zone libre au Kurdistan irakien. Ces combattants sont retenus dans une espèce de no man’s land puisque ni l’Etat kurde ni sa justice ne sont reconnus par la communauté internationale », explique Hugo Micheron, doctorant à la Chaire d’excellence Moyen-Orient Méditerranée de l’ENS. 

Une absence de stratégie globale

« Ces terroristes-là doivent être jugés là où ils ont commis leurs crimes », martèle Jean-Yves Le Drian sur France Inter. Pourtant, la stratégie de la France concernant le rapatriement de ces individus et la tenue de leur procès demeure ambiguë. « La position de la France n’est pas claire et elle a fluctué selon les périodes. Au début, on voulait rapatrier seulement les femmes et les enfants, puis tout le monde et finalement plus personne. La décision est un peu piégée par l’opinion publique qui elle ne veut pas de ces « revenants » sur le sol français », poursuit le chercheur à l’occasion d’un débat sur le sujet organisé par l’Institut du monde arabe.

En l’absence de stratégie globale de la part de l’Etat français à propos de ces retours, les dimensions politiques et juridiques se retrouvent entremêlées. D’un côté, comment rapatrier des centaines de personnes en France, alors même que la structure carcérale actuelle ne le permet pas ? De l’autre, d’un point de vue moral, la France peut-elle laisser un pays tiers condamner à mort des ressortissants Français ? Pour Hugo Micheron, les laisser sur place, souvent des conditions de détention arbitraires et dégradantes, n’est pas une solution satisfaisante pour le pays des droits de l’homme.

Les enfants de djihadistes « prisonniers de l’opinion publique »

Parallèlement, la question de l’avenir des enfants de djihadistes nés sur place, qui pour beaucoup vivent aujourd’hui dans un camp où s’entassent près de 75 000 personnes dans des conditions humaines et sanitaires très difficiles se pose. « Jusqu’à quand le jugement moral doit mettre en échec les droits fondamentaux des enfants, dont l’accès à un procès équitable ? Ces enfants ne peuvent pas être prisonniers de l’opinion publique, ni payer pour les crimes de leurs parents », indique maître Vincent Brengarth, avocat pénaliste, très engagé sur le dossier. « Je pense qu’il y a une vraie stratégie de gagner du temps par manque d’envie de créer une instance internationale. On espère que les institutions vont prendre leurs responsabilités », conclut-il.

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