France. Prières de rue : souvent un problème d’espace, mais pas seulement

  • Par R.C
  • le mardi 21 novembre 2017

L’affaire des prières de rue de Clichy-la-Garenne jette une lumière vive sur des problèmes qui restent rares en France et ne sont pas forcément liés à un manque de lieux de culte, mais à un conflit de légitimité entre associations musulmanes, selon des experts.

La question des prières de rue est épineuse : difficile d’y répondre par l’alternative licite/illicite. Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, a précisé dimanche que les rassemblements seraient désormais interdits à Clichy, tout en redisant que les fidèles devaient « avoir un lieu de culte pour pouvoir prier ».

Le cadre juridique abritant l’exercice de sa religion, liberté fondamentale, est plutôt conciliant. « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi », proclame la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Quant aux « manifestations extérieures d’un culte » mentionnées par la loi de 1905 séparant les Églises et l’État, elles sont généralement soumises à déclaration préalable en mairie ou en préfecture. « S’il n’y a pas eu déclaration préalable, la prière est interdite. Mais s’il y en a eu, il faut que le maire ou l’autorité de police démontre qu’il y a un problème d’ordre public pour l’interdire », explique le président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco.

Les tensions autour de prières de rue sont « très minoritaires », relativise Didier Leschi, auteur de « Misère(s) de l’islam de France » (Cerf). Le plus souvent, les prières débordant des mosquées sont tolérées si elles ne gênent pas la circulation, par exemple quand la salle est saturée. « C’est souvent très limité dans le temps, au moment de l’Aïd », note M. Leschi.

Indigne de « se prosterner dans les caniveaux »

Le secrétaire général du Conseil français du culte musulman (CFCM), Abdallah Zekri, met en avant la nécessité de nouvelles mosquées pour « mettre fin à ce tintamarre », selon lui « envenimé » à Clichy par la mairie et les élus de droite. Ce responsable pense qu’il faut 600 000 m2 pour permettre aux 1,2 million de pratiquants réguliers de prier dignement, contre 300 000 m2 de surface existante. Il affirme qu’il est préférable « que les personnes prient chez eux plutôt que d’aller se prosterner dans les caniveaux, ce qui est indigne d’une religion ».

Les 2 600 à 3000 lieux de culte existant ne sont « pas loin de répondre aux besoins », observe Jean-Louis Bianco. Leur nombre a presque doublé en vingt ans. Une croissance permise par les pouvoirs, selon ce spécialiste. Pour lui, l’islam est plutôt mieux loti que le christianisme évangélique, qui n’a guère bénéficié de baux emphytéotiques (longue durée) alors qu’il est en manque notoire de lieux.

À Clichy, le maire fait valoir qu’une mosquée du nord de la commune peut accueillir les fidèles priant dans la rue, ce qu’ils contestent, arguant qu’elle est exiguë. Pour Didier Leschi, le conflit repose surtout sur des « dissensions entre associations musulmanes », l’une à la tête du lieu fermé par la mairie, l’autre gérant la salle où elle veut les regrouper. La communauté des croyants, sur le terrain, « ça n’existe pas », selon cet expert.

« Un bureau gérant une mosquée peut être mixte », avec plusieurs origines à sa tête, répond Abdallah Zekri. « Qu’on arrête avec ces histoires d’ego ! »

R.C

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