Société.Mounia Magueri, artiste, engagée dans l'humain

crédits photo : youtube/Illiweb

Sur Youtube, elle a fait se plier de rire des millions de marocains avec ses personnages haut en couleur comme Chakib Ousfour, jeune paumé marocain qui évoque ses problèmes quotidiens. Douce et généreuse, l'actrice installée à Sens, est aussi la présidente de l'association ASIA (Accompagnement Social par l'Interprétariat et les Arts) qui vient en aide aux femmes migrantes battues ou en difficulté.

Sens, une ville de taille moyenne en Bourgogne, à une centaine de kilomètres de Paris. Un centre ville piétons, une cathédrale majestueuse et des halles au style art déco…

C’est là que réside Mounia Magueri, qui est déjà sur le pied de guerre. Dés potron-minet, le téléphone ne cesse de sonner. A l’autre bout du fil, des femmes marocaines pour la plupart qui ont besoin de Mounia. Papiers administratifs, éléments de langage, pièces à fournir,… Mounia explique, aide et oriente ses femmes migrantes souvent perdues dans le labyrinthe administratif français. « Prépare les papiers et on se voit le 2 Janvier pour aller à la préfecture », lance la présidente de l’association ASIA (Accompagnement Social par l’Interprétariat et les Arts).

A peine a t’elle raccrochée, qu’il lui faut aller à la sous-préfecture de Sens pour aider une femme migrante. Celle-ci est venue demander son titre de séjour, après son divorce avec un français d’une soixantaine d’années. « Ton ex-mari est là. C’est bien. Ca va t’aider à aller plus vite dans ta démarche ». La queue d’une dizaine de personnes avance à petits pas pour entrer dans le bâtiment. Mounia accompagne cette jeune femme avant de repartir sur une autre mission auprès d’une femme battue.

Pour les téléspectateurs marocains, le visage de Mounia n’est pas inconnu. C’est une talentueuse actrice que l’on voit souvent dans des feuilletons ou des films au Maroc. Elle est arrivée au théâtre, un peu par hasard,  car sa mère « avait l’envie » de l’inscrire à l’ISADAC à Rabat. Après ses cours au Maroc, elle décide de poursuivre l’aventure estudiantine à Avignon, afin de perfectionner son apprentissage. Elle découvre alors le théâtre de rue, avec la compagnie Génerik Vapeur. Cette expérience qui durera 5 ans, l’a forgée à jamais pour la suite de sa vie. « J’y ai découvert la citoyenneté. J’ai compris la dimension politique, l’engagement. C’est une forme de démocratisation de l’art, la réappropriation de l’espace public. On est en direct avec le public et son retour est perçu de façon immédiate ». Après être tombée enceinte, ce qui l’empêchera de faire les tournées à travers la France, elle décide de se lancer dans un master dans la gestion des projets culturels. Installée à Sens, elle développe alors ce nouveau pan de sa vie avec les CCAS de la ville.

En parallèle, l’hyperactive Mounia se lance dans l’aventure Internet. Elle devient youtubeuse. « J’avais mis une vidéo de moi sur la plateforme Youtube, et j’étais limite vexée que d’autres personnes que mes amis regardent mes vidéos, rigole t’elle aujourd’hui. ». Sofia Zahwaniya, Abir et le charismatique Chakib Ousfour.  Mounia utilise à fond l’art de la métamorphose et la déformation de la caméra, inventant des personnages haut en couleur, parfaitement ancrés dans la réalité marocaine. « Ces personnages étaient drôles car il me faisait rire. Dés lors que je trouvais ça comique, j’étais persuadé que d’autres personnes adhéreraient à mon point de vue. Il faut savoir tout de même que tous les personnages que j’ai joué, existent vraiment ».

Très vite, ses vidéos atteignent le million de vues avec le personnage le plus emblématique, Chakib Ousfour. Un jeune casablancais qui parle de sa réalité quotidienne, avec humour et auto-dérision. Macho sur les bords, il incarne quelque chose que l’auteur et interprète a su saisir.

L’actrice en a profité pour défendre une cause qui lui tient à cœur : la violence faite aux femmes. Lors d’une vidéo pour l’association Human Rights Watch, elle en profite pour faire participer ses personnages à une campagne appelant à modifier le regard sur les femmes battues. Tour à tour agressée, agresseur, policier ou procureur, elle prend à bras le corps un phénomène qui touche des millions de femmes au Maroc.

« Je ne suis pas dans un combat des femmes contre les hommes, explique Mounia Magueri. Je suis dans le respect de l’humain. Ce n’est pas une femme qui se fait battre par un homme. C’est un humain qui frappe un autre humain. Je ne suis pas féministe. Je suis plus humaniste. Si je m’intéresse aux femmes, c’est que je sais ce qu’elle ressente. Je suis né par misogynie. Je suis une fille adoptée, un enfant abandonné. Derrière ça, il y a une maman qui n’a pas pu élever son enfant car c’était une femme qui avait « fauté » dans une société qui ne le permet pas »

Retour à Sens où Mounia nous dévoile l’autre partie de sa personnalité. Non loin de la Zup de Sens, elle rejoint ses bénévoles pour gérer les problématiques des femmes migrantes. Accompagnée de ses bénévoles, elle tente de comprendre la situation de Fatima*. Celle qui a subi des violences de la part de son mari, ne souhaite pas divorcer mais a besoin de parler et d’arranger sa situation.

Mounia écoute, aiguille et lui fait prendre conscience de ses droits. « Pour la pension, tu n’as pas besoin d’avocats. Vous pouvez le faire devant la police ». Tout y passe : les factures impayées, la situation avec les enfants ainsi que les derniers coups assénés par le mari pour éviter que celle-ci porte plainte.

Si Mounia tente tant bien que mal de gérer la situation, elle n’hésite pas à laisser cette femme s’exprimer sur ce qu’elle a vécu. « J’ai l’impression que tu n’en parles pas, dit la comédienne d’une voix douce. Tu te rends compte que tu es une victime. Qu’est ce que tu fais pour cette question ? ».

Fatima* n’a pas pris conscience de ce qu’il lui est arrivé et réclame un peu de temps pour y voir plus clair. Avec les mots de Shéherazade et de Mounia, la jeune femme, mère de plusieurs enfants, repart le cœur plus léger, les soucis du quotidien en partie reglés et avec un rendez-vous avec une psychologue.

Même si elle ne se voit pas comme une « sauveuse » de l’humanité, les gens qui l’approchent le confirment. « J’étais malade et Mounia m’a demandé de la rejoindre pour l’aider à l’association, nous explique Shéherazade, une bénévole de l’association ASIA. Même si j’avais ma famille qui m’aidait, ça m’a permis de sortir de chez moi et de me sentir utile pour les gens ». Damien, un autre bénévole le confirme aussi. « J’étais « sorti » de la société et elle m’a aidé à me remettre en contact avec les autres. C’est extraordinaire cette capacité qu’elle a, à donner aux autres. »

Même si Mounia considère qu’ils ne « lui doivent rien » et qu’elle ne veut pas « incarner à elle seule l’association », on sent bien que les bénévoles de l’association ASIA font leur possible pour partager leurs connaissances, qui de l’écoute, qui du bricolage, pour aider les personnes qui tapent à la porte. Un don de soi, qui apporte énormément autant aux donneurs qu’aux receveurs.

« C’est beaucoup d’efforts pour aider les autres. Pour moi, c’est un devoir et ça devrait l’être pour tout le monde ». Partagé entre l’art et le social « dorénavant, c’est à 50-50 », elle ne se voit pas faire autre chose de sa vie car l’urgence est là. Elle estime d’ailleurs que nous devrions tous prendre une part de responsabilité dans la situation actuelle. « On ne peut plus se contenter de sortir une assiette à des miséreux et se dire que l’on a fait sa B.A. Il faut dépasser ce cadre. A l’heure où nous parlons, il y a des femmes battues, des enfants qui naissent dans la rue, comme je l’ai vu. Quelle vie voulons-nous ? Ce qui est dans la rue peut se retrouver dans notre maison. D’ailleurs, entre celui ou celle qui est dehors et moi, il n’y a qu’un fil. » Même si elle voit la situation se dégrader, Mounia Magueri garde espoir car « en chacun de nous, il y a une part d’humanité. A nous de la mettre en valeur ».

Incontestablement, Mounia nous réconcilie avec le genre humain et imprime en nous l’envie d’en faire plus. A nous de nous retrousser les manches !

* Pour des raisons de confidentialité, le prénom a été changé

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