Pourquoi la fachosphère s’en prend à Médine, Belattar ou Diallo ?

 Pourquoi la fachosphère s’en prend à Médine, Belattar ou Diallo ?

Crédit photo : Rafe Swan/Cultura Creative/AFP


L'objectif de la fachosphère est clair : faire "taire" les acteurs de la diversité et du multiculturalisme. Derrière cet objectif, la volonté de mettre en place une "hégémonie culturelle". Un concept philosophique créé par l'intellectuel marxiste italien, Antonio Gramsci et perverti par l'extrême droite. Explications.



Une polémique de plus ! Après l'annonce des concerts du rappeur Médine au Bataclan, la fachosphère s'est activé pour tenter de les faire annuler. Créant un hastag, #Nonamedineaubataclan, tout y passe. Fausses affiches, informations parcellaires et hoax. Le chanteur qui a pourtant chanté son amour pour cette salle (Bataclan) est repris pour les paroles d'une autre chanson, Don't Laïk dans laquelle il chantait "Crucifions les laïcards comme à Golgotha". Il n''est que rarement fait mention d'une autre chanson où le rappeur s'en prend aux salafistes (Faisgafatwa). 


Le rappeur n'est pas le premier artiste dans le collimateur de la fachosphère. Mennel, Belattar, Rokhaya Diallo, etc.. Ils sont nombreux à faire les frais de ces campagnes virales très puissantes. Derrière cette nébuleuse, on retrouve des mouvements proches du Front National (nouvellement Rassemblement National) tels que fdesouche ou riposte laïque, mais également le site égalité et réconciliation de l'idéologue Alain Soral, des royalistes, des libertariens, la Ligue de Défense juive, des sites antisionistes mais aussi le Printemps Républicain, plutôt classé à gauche proche de Manuel Valls.


De l'extreme droite jusqu'à la gauche, ils partagent une volonté commune : mettre en place une hégémonie culturelle, un concept établi par Antonio Gramsci, intellectuel italien. Etonnant quand on sait qu'Antonio Gramsci est non seulement marxiste, fondateur du Parti Communiste Italien et qu'il est mort dans les geôles fascistes !


 


La culture comme élement émancipateur


"Gramsci a beaucoup travaillé sur la question linguistique et culturelle italienne, nous explique le doctorant en sociologie et anthropologie, Montassir Sakhi. Son grand apport a été d'observer lee nationalisme et l'installation dans des Etats. Il a observer comment le nationalisme fournit des élements majeurs pour le contrôle des populations et l'installations des Etats avec leurs pouvoirs"


Gramsci était non seulement un antifasciste connu mais il était surtout l'inventeur d'un concept pour amener la révolution : "Une des grandes théories de Gramsci est celle de l'hégémonie culturelle qui marque un décalage par rapport au marxisme classique qui affirmait que seules les conditions matérielles priment dans l'oppression des peuples. Pour Gramsci, les régimes contrôlent des territoires larges à partir d'éléments culturelles et idéologiques. Il insiste sur la nécessité de résister aux Etats par la question culturelle, par la pluralité linguistique et régionale par la question de la culture comme élément émancipateur"


La culture diversifiée est donc un élément de résistance et d'émancipation. "Les ouvriers ne vont pas faire une révolution qui proviendrait par elle-même. Ce n'est pas parce qu'ils sont écrasés, qu'ils vont se révolter. C'est la prise en compte de l'élément culturel qui va permettre l'émancipation des peuples, grâce à des cultures qui font face au nationalisme qui homogénéise des sociétés avec une façon unique de voir le monde" rajoute Montassir Sakhi.


Alors que la culture est un élement pour se défaire du nationalisme, ce sont les mouvements d'extreme-droite qui vont récupérer cette théorie dans les années 70. L'un de ses plus grands théoriciens et créateur du mouvement Nouvelle Droite, Alain de Benoist va reprendre à son compte les théories de Gramsci. En 1979, il déclarait : "Antonio Gramsci est bien entendu marxiste mais du point de vue de la méthodologie, cela peut concerner toute famille de pensée". Repris aujourd'hui par le sociologue canadien, Mathieu Bock-Coté, cette théorie se base sur l'identité judéo-chrétienne comme base de l'hégémonie culturelle.


"Ces théories qui mettent l'accent sur la contre-hégémonie, sont en réalité pour l'installation d'une hégémonie nouvelle dans la société. Ils puisent dans la question identitaire pour qu'elle devienne raciale, d'exclusion de population immigrée ou dite étrangère. Pour Gramsci, la finalité était l'émancipation par rapport aux grandes structures étatiques".


 


Les acteurs de la contre-hégémonie culturelle


Cette lutte entre hégémonie culturelle étatique et "résistants" culturels n'est pas la première du genre. George Brassens a été censuré pour sa chanson Le Gorille. Renaud a été interdit d'antenne sur France Inter pour Hexagone et de nombreux rappeurs (NTM, La Rumeur, Sniper) ont été interdits ou trainés en justice pour des paroles de chansons. Dés lors, on comprend pourquoi les cibles préférées de la fachosphère sont tous ceux qui sont les créateurs d'une culture "différente" ou adepte du multiculturalisme, comme Yassine Belattar ou Rokhaya Diallo. Et ce quelque soit leurs positions républicaines ou laïques.


Pour Montassir Sakhi, pas de doute possible : "Les personnes que vous citez sont intraséquement gramsciennes car elles vont puiser dans un répertoire culturel, d'une différence qui existe au niveau de la société, dans les cultures populaires qui viennent des banlieues,, d'une histoire migratoire. Ils vont les mettre en avant pour une lutte anti hégémonique et anti idéologie dominante de l'Etat. Les attaquer est un faux jeu qui ne dit pas son nom."


Voir aussi : 


Au coeur de la fachosphère


Extension du domaine de l'insulte

Yassir GUELZIM

Journaliste Print et web au Courrier de l'Atlas depuis 2017. Ancien de RFI, LCI, France Inter. Producteur et réalisateur (Arte Reportage, France24, France tv).