Sport.Didier Deschamps : "Nous sommes très jeunes mais compétitifs"

crédit photo : Franck Fife/AFP

La France affrontera dimanche la Croatie pour la finale de la Coupe du Monde. Pour sa deuxième Coupe du monde à la tête des Bleus, Didier Deschamps nous avait accordé une interview avant le début de la compétition. Le sélectionneur français se montrait alors prudent. Pour mieux nous surprendre ?

Est-ce que l’équipe de France peut être une favorite à la victoire finale ?

Certaines nations, l’Espagne, le Brésil, l’Allemagne ou l’Argentine, ont de l’avance sur nous, au regard de la qualité des joueurs et de leur expérience internationale. Notre équipe est compétitive, mais très jeune. La moitié des joueurs va découvrir ce qu’est une Coupe du monde, ils n’auront pas les repères, notamment dans les moments compliqués, quand on est menés ou que l’équipe adverse revient au score. Notre objectif est de passer le premier tour. Ensuite, ça dépendra du tirage.

Beaucoup estiment que vous avez un groupe trop facile. Qu’en pensez-vous ?

Je ne suis pas d’accord. Si vous regardez la constitution de nos trois adversaires, ils sont bien positionnés dans le classement Fifa (où la France se place 7e, ndlr). Le Pérou (11e) ressemble beaucoup à la Colombie que nous avons affrontée en amical. Le Danemark (12e) est un habitué, une équipe toujours compliquée à jouer. L’Australie (40e) est sans doute un ton en dessous. On est dans l’obligation de se qualifier pour les huitièmes de finale, c’est toujours un défi.

Est-ce difficile de préparer une telle compétition, avec des joueurs que vous voyez peu, au final, durant la saison ?

Oui, c’est probablement le plus difficile pour tous les sélectionneurs, on a peu de temps. On les récupère pour une semaine, nous n’avons pas le temps de faire des séances d’entraînement, donc il est compliqué de mettre des choses en place. Là, avant l’échéance, on va avoir du temps : l’objectif premier est de mettre le collectif au-dessus de tout.

Vous allez instaurer des règles, notamment concernant les réseaux sociaux dont les jeunes joueurs sont friands ?

Les réseaux sociaux font partie de notre vie, je ne me suis jamais senti d’interdire, c’est une liberté. Je ne vais pas leur dire quoi écrire, mais je vais les cadrer pour que ça ne mette en difficulté personne. Au Brésil, sur notre camp de base, il y avait des piscines et durant leurs moments de récupération, ils prenaient des selfies au bord de l’eau. Il n’y a rien de mal à ça, sauf que l’interprétation de nos supporters français, c’était de se dire : “Ils font du tourisme ? !

Paul Pogba, l’un de vos leaders, sort d’une saison mitigée à Manchester United. Ça vous inquiète ?

Paul n’a pas régressé. Il y a des périodes de moins bien pour tous les joueurs. En équipe de France, il ne réussit pas tout, mais il a fait de grands matchs. Son problème, c’est qu’il traîne derrière lui son transfert record de 105 millions d’euros et ça lui restera toujours. Les gens sont très exigeants avec lui, parfois trop, il faudrait qu’il soit décisif à chaque fois. C’est un joueur complet qui peut tout faire, il allie le côté créatif à l’efficacité et, forcément, il y a du déchet. Mais il ne peut pas faire la passe, le centre et être à la réception pour marquer ! Il aura toujours des détracteurs, mais ça reste un top joueur avec un énorme potentiel.

Pensez-vous que les jeunes joueurs soient mal préparés ou mal entourés ?

Ils ne sont pas préparés pour la plupart, c’est certain. Ils arrivent trop vite au sommet et c’est difficile à gérer. Ils ont un entourage très important, beaucoup de personnes, parfois de la famille, qui leur parlent au quotidien. Je ne remets pas en cause leurs compétences, mais ils ont un intérêt financier et à partir de là, c’est toujours plus facile de dire au joueur : “T’es le plus beau, t’es le meilleur, c’est la faute de l’autre.”

Sont-ils déconnectés de la vie réelle ?

On ne va pas se mentir, la réalité est ailleurs. Nous, on est dans une bulle, un monde dans un monde. Les joueurs ne sont pas confrontés à la dure réalité de la vie, mais les gens qui nous aiment, qui nous supportent, qui nous encouragent, eux, si... Ceux qui doivent se lever à 5 heures du matin pour aller travailler.

Comment allez-vous faire pour maintenir tout le monde concerné, notamment les joueurs qui ne vont pas jouer durant la compétition ?

Il faut réussir à faire ressentir à ces joueurs qu’ils sont importants pour le groupe, car la difficulté, c’est de réussir à ne perdre personne. Ce ne sont pas forcément ceux qui vont commencer qui vont finir la compétition. La notion de groupe est au-dessus de tout, mais ce n’est pas simple de motiver un joueur qui ne joue pas.

Avec l’affaire Benzema que vous n’aviez pas sélectionné pour l’Euro 2016, on a tagué “raciste” sur votre maison. Comment avez-vous vécu cet acharnement ?

C’est inacceptable ! Moi, je suis prêt, je suis blindé, je sais que les coups peuvent venir de partout. Mais j’ai une famille. Eux, ils n’étaient pas préparés à ça, ça dépasse le cadre sportif. Avec la multiplication des médias, certains essayent de créer le buzz en permanence en utilisant la polémique. Il y a quand même une responsabilité de chacun dans les mots qu’on utilise, dans l’agressivité verbale.

L’arbitrage vidéo sera la grande nouveauté de cette Coupe du monde. Ça vous plaît ?

C’est une avancée importante qui est censée aider l’arbitrage, mais on se rend compte que ça génère des situations complexes. C’est nouveau, donc ça perturbe un peu. Mais si ça permet de corriger certaines erreurs, c’est une bonne chose. Par contre, nous ne sommes plus dans l’instantané et pour le public, ça peut être perturbant, comme lors de la finale de la Coupe de la Ligue (PSG-Monaco) où personne ne comprenait dans le stade (il a fallu quelque deux minutes à l’arbitre pour prendre sa décision en faveur d’un penalty pour le PSG, ndlr).

La violence risque de s’immiscer à nouveau chez les supporters. Trouvez-vous qu’on fait le nécessaire dans le football pour l’éradiquer ?

Est-ce que c’est spécifique au football ? La violence est partout et honnêtement, je ne sais pas si elle a diminué. Pour réussir à l’éradiquer, il faut plus de rigueur. Aujourd’hui, une enceinte de football doit être sécurisée. Il est inconcevable pour moi qu’une personne dans les tribunes puisse mettre les pieds sur la pelouse. Hors des stades, dans les villes, ça reste difficile à maîtriser, mais il ne faut pas lâcher.

Et que dire du racisme, que vous avez vécu lors de votre dernier match amical en Russie (des cris de singes ont été entendus à l’encontre de Paul Pogba et d’Ousmane Dembélé, ndlr) ?

Ce sont les faits de minorités, malheureusement celles qu’on entend le plus. Ce type d’incident n’a pas sa place et il faut que les gouvernements et les services de police fassent en sorte qu’il n’y en ait pas. C’est quelque chose qu’on ne doit pas tolérer.

Que pensez-vous de la Tunisie et du Maroc qui sont tombés dans des groupes très relevés ?

Ces deux nations possèdent des joueurs de haut niveau qui évoluent dans les plus grands championnats européens. Ils n’ont pas à se sentir inférieurs, au contraire, il faut qu’ils jouent leurs chances à fond. Ce sont des équipes bien coachées, qui ont mérité leur place.

Que manque-t-il encore aux pays africains pour réussir à aller plus loin dans la compétition ?

Quand vous arrivez en quarts ou en demies, vous tombez contre ce qu’il y a de mieux. A nous aussi, il nous a manqué ce petit truc en plus durant des années. Plus on avance dans la compétition, plus la difficulté augmente. Il faut être patient. Combien de temps nous a-t-il fallu avant de gagner la Coupe du monde ?

Dernière question concernant le cas Ben Arfa, que vous avez bien connu et qui va quitter cet été le placard parisien dans lequel il est entré en juillet 2016. N’avez-vous pas le sentiment d’un énorme gâchis ?

C’est son choix. Voilà six mois qu’on ne le voit plus sur le terrain, ni dans les tribunes, il ne doit pas être heureux. Je le connais bien. Il aime le football par-dessus tout. Avant qu’il ne prenne sa décision d’aller à Paris, je lui ai donné mon avis, il le sait. L’essence même pour n’importe quel joueur, c’est d’être actif. Est-ce un bon choix pour un joueur d’aller à Paris, à la Juve ou dans un autre grand club ? Ils ne le savent qu’après. Au début, ça a toujours l’air d’être un bon choix, mais après, ça peut être compliqué.

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