La Maison pour tous de La Courneuve devient officiellement l’Espace Aïcha Belaïdi

 La Maison pour tous de La Courneuve devient officiellement l’Espace Aïcha Belaïdi

Le 4 juillet 2025, la Maison pour tous a été rebaptisée Espace Aïcha-Belaïdi, en hommage à la fondatrice des Pépites du cinéma. Ses sœurs, Yamina Benguigui et Djamila Belaïdi, étaient présentes à l’inauguration. Crédit photo : Ville de La Courneuve / Page officielle Facebook

Ce 4 juillet restera une date symbolique à La Courneuve. L’ancienne Maison pour tous Youri-Gagarine porte désormais le nom d’Aïcha Belaïdi, figure locale et nationale du cinéma indépendant. Une décision prise avec et par les habitants, dans le cadre d’une démarche engagée par la municipalité pour féminiser les noms des espaces publics.

Le visage bienveillant d’Aïcha Belaïdi trônait déjà en géant dans les murs de la MPT, et c’est désormais tout le bâtiment qui porte son nom. Le cosmonaute soviétique Youri Gagarine, dont le nom baptisait les lieux jusqu’ici, ne désignera plus que l’espace Agora à l’intérieur du centre.

Un vote populaire pour une femme engagée

Du 2 au 13 juin, les habitants de La Courneuve ont été invités à choisir un nouveau nom parmi trois propositions. Sur les 202 votants, 98 ont choisi Aïcha Belaïdi, soit près de la moitié des suffrages. C’est le maire, entouré d’élus et de citoyens, qui a officialisé ce choix, fruit d’un scrutin démocratique et porteur de sens.

Hommage à une pionnière du cinéma urbain

Décédée le 4 juillet 2016 à l’âge de 47 ans, des suites d’une longue maladie, Aïcha Belaïdi laisse derrière elle un héritage culturel puissant.

Elle avait eu l’idée de créer à La Courneuve le festival Les Pépites du cinéma, dans la foulée des révoltes sociales de 2005, pour donner une autre image de la jeunesse de Seine-Saint-Denis. Aïcha avait également œuvré pour que la grande école de cinéma parisienne, la Fémis, ouvre ses portes aux jeunes des quartiers populaires.

Elle a contribué pendant près de vingt ans à révéler les jeunes talents issus de la diversité et à faire émerger une parole cinématographique authentique sur les réalités urbaines.

Née à Saint-Quentin, elle arrive à Paris à 17 ans sans bac mais avec une ambition farouche. Elle gravit les échelons à la Fondation Danielle-Mitterrand, jusqu’à en diriger la communication culturelle. Marquée par l’engagement de ses parents, elle développe très tôt une sensibilité pour les luttes sociales, la culture du métissage et la valorisation des invisibles.

Son passage remarqué à l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (ACID), son rôle dans l’organisation du Festival du film de Paris, et surtout la création des Pépites du cinéma en 2005, dessinent le parcours d’une femme indépendante, combative et visionnaire.

Un espace, une mémoire, un avenir

En rebaptisant la MPT à son nom, La Courneuve fait plus que lui rendre hommage : elle inscrit durablement la mémoire d’Aïcha Belaïdi dans l’espace public.

« Mes stars à moi, ce sont les jeunes réalisateurs que je reçois », disait-elle. Aujourd’hui, c’est elle que l’on célèbre, comme une étoile du cinéma populaire et engagé.

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.