Tunisie. Enième report du procès pour l’attaque de la synagogue de la Ghriba

Le procès pour l’attaque en mai 2023 de la synagogue de la Ghriba pendant le pèlerinage juif annuel sur l’île de Djerba en Tunisie, qui avait fait cinq morts, vient d’être une nouvelle fois reporté sine die en cette mi-janvier 2026.
L’une des rescapées de l’attaque venue de France pour se constituer partie civile, s’est dite « choquée » que l’audience ait « de nouveau été ajournée » après plus de deux ans et demi d’attente. « Des personnes ont été assassinées et nous aussi, les survivants de l’attentat, avons besoin d’une réponse, du verdict de la justice pour pouvoir avancer à la suite de ce traumatisme », refusant de donner son nom de famille.
La présidente du tribunal à Tunis a invoqué des raisons techniques. Le 9 mai 2023, un gendarme de la Garde nationale avait tué trois de ses collègues ainsi que deux fidèles juifs, Aviel Haddad, un Tunisien de 30 ans, et son cousin Benjamin, un Français de 42 ans.
L’assaillant avait d’abord abattu un gendarme puis s’était rendu en quad jusqu’à la synagogue, à environ 20 kilomètres où des centaines de personnes participaient au troisième jour de pèlerinage marqué par des processions festives.
Aux abords de la Ghriba, il avait ouvert le feu sur les gendarmes assurant la sécurité, tuant deux autres collègues avant d’être abattu. Quatre visiteurs ainsi que cinq agents de sécurité avaient été blessés. Les autorités tunisiennes avaient dénoncé une attaque « criminelle » mais s’étaient gardées de la qualifier de « terroriste » ou de lui conférer une dimension antisémite.
La compagne de l’assaillant détenue à son tour
A ce jour, deux accusés en détention, dont la fiancée de l’assaillant, sont poursuivis pour « complicité d’homicides » et « adhésion à un groupe terroriste », tandis que trois autres ont été laissés en liberté provisoire et un dernier est en fuite, a précisé maître Nizar Ayed, l’un des avocats des parties civiles. Selon lui, l’assaillant a agi en « loup solitaire ».
La mère de Halim, un étudiant emprisonné depuis l’attaque, a expliqué que sa famille louait un studio à l’assaillant. « Je lui faisais parfois à manger et demandais à mon fils de lui apporter de la nourriture, notre générosité s’est retournée contre nous », a déploré Latifa Jlidi.
La Tunisie comptait avant l’indépendance en 1956 plus de 100.000 juifs, une communauté tombée à environ 1.500 membres dont la grande majorité vit à Djerba. La Ghriba, la plus ancienne synagogue d’Afrique, avait été déjà visée en 2002 par un attentat suicide meurtrier au camion piégé qui avait fait 21 morts. Le lieu de culte accueille chaque année des milliers de fidèles.
Avant cela, dès 1985, la synagogue avait été une première fois touchée par une attaque similaire à celle de 2023 dans son modus operandi, lorsqu’un soldat tunisien chargé de maintenir l’ordre avait ouvert le feu dans l’enceinte de la synagogue de la Ghriba et tué cinq personnes, dont quatre pèlerins juifs.
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