Municipales 2026. Sophia Chikirou : « Je suis une femme de convictions »

 Municipales 2026. Sophia Chikirou : « Je suis une femme de convictions »

Sophia Chikirou, députée La France insoumise – Nouveau Front Populaire et candidate aux élections municipales de Paris, prononce un discours lors d’une réunion de campagne au Cirque d’Hiver à Paris, le 30 janvier 2026. (Photo : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Cet article s’inscrit dans le dossier « Municipales 2026 » de notre magazine mensuel, consacré aux lignes de fracture et aux recompositions à l’œuvre dans la bataille municipale.

La députée de La France insoumise est officiellement entrée dans la course à la succession d’Anne Hidalgo. Son programme, axé sur les travailleurs et les classes populaires, se veut en rupture avec le bilan de la maire de Paris sortante, notamment sur la question du logement, et avec la politique du gouvernement. Interview.

Propos recueillis par Mohamed Sadoun

 

LCDL : Le 14 novembre, vous avez officialisé votre candidature à la mairie de Paris. Quels sont vos objectifs pour la ville ?

Sophia Chikirou : Mes priorités sont celles des Parisiens. Je vis au milieu des habitants qui travaillent, scolarisent leurs enfants dans l’école publique et dépensent leur salaire pour vivre à Paris. Je connais leurs besoins : le premier, se loger moins cher et mieux.

La spéculation immobilière, les locations touristiques de type Airbnb, la baisse de la construction de nouveaux logements publics provoquent l’éviction sociale des catégories populaires et des classes moyennes, mais également celle des jeunes. La ville a perdu 130 000 habitants en quinze ans.

À force de privilégier les multinationales, l’économie réelle, celle des commerçants et des artisans parisiens, s’effondre. Les forces vives de Paris triment pour permettre à une poignée de privilégiés de tirer profit de la ville.

Alors oui, il y a urgence à la rendre au peuple de Paris, en faisant baisser les loyers. C’est un véritable plan d’action que je mettrai en place.

Vous avez évoqué une autre priorité pour « l’éducation communale »…

Depuis que je suis députée de Paris, je suis sollicitée par les enseignants, les directeurs d’école, les AESH, les animateurs du périscolaire et les parents d’élèves. Tous alertent sur l’effondrement programmé du système public au profit de la privatisation de l’école. (…)

Notre objectif politique : leur sécurité, leur développement et leur bien-être, grâce à des personnels bien formés et fidélisés. Violences sexuelles ou maltraitances, les enfants sont en danger alors qu’ils sont sous la protection de la Ville. Ça suffit.

Vous dénoncez l’échec d’Anne Hidalgo, mais comment pourriez-vous faire autrement ?

Il faut commencer par vouloir agir sur les causes. (…) Je suis prête au bras de fer avec l’État pour faire primer l’intérêt général, qui est l’intérêt populaire. Je suis libre, je ne dois rien aux puissants.

Le 21 novembre, vous avez déclaré : « Il ne faut pas qu’un socialiste soit maire de Paris. » Le candidat socialiste est-il votre principal adversaire ?

Je dis : ni Emmanuel Grégoire, ni Rachida Dati. Je dis : Sophia Chikirou. (…) Pour une politique de gauche, il vaut mieux me porter en tête au premier tour. Je tendrai la main, au second tour, à Grégoire, sur la base d’un programme d’utilité sociale et écologique.

Vous espérez reproduire à Paris ce que Zohran Mamdani a réussi à New York ?

Zohran Mamdani a montré que c’est possible dans la ville symbole du capitalisme financier. (…) Pour cela, il y a une lutte vitale à mener contre l’oligarchie, les multimillionnaires qui accaparent les moyens communs, pour que le peuple de Paris récupère sa ville. C’est le sens du Paris populaire.

Dans les médias, le mot le plus fréquemment utilisé à votre sujet est « controversée ». Mais vous demeurez un mystère pour beaucoup de Parisiens !

Je n’ai rien fait dans ma vie de « controversé ». (…) Je suis une femme de convictions, honnête. Ma vie témoigne pour moi.

Justement, vous vous faites rare. On parle de vous, mais sans vous. Qui est Sophia Chikirou ?

Je me suis toujours définie comme une militante politique dans l’espace public. (…) J’ai d’abord rejoint le Parti socialiste en 1997, au moment des années Jospin.

Vous en avez été exclue…

J’ai choisi la rupture avec le Parti socialiste, car ce parti m’a traitée de façon raciste. (…) J’ai ensuite rejoint Jean-Luc Mélenchon. Je suis l’un des membres fondateurs du Parti de gauche en 2008, puis de La France insoumise en 2016.

Raciste ?

À l’époque, François Hollande s’oppose à Laurent Fabius, dont je suis proche. (…) Ils ont désigné George Pau-Langevin, en disant qu’ils voulaient « une Antillaise plutôt qu’une Kabyle ». (…) J’ai pris une claque.

J’en ai été meurtrie au point de douter de la gauche et de rejoindre la Gauche moderne qui, à l’époque, soutenait Sarkozy. Ça n’a duré que quatre mois. J’ai ensuite rejoint Jean-Luc Mélenchon.

On vous dit également autoritaire.

Ce que je ne suis pas ! (…) Une femme indépendante, qui ne se laisse pas faire, subira toutes sortes de rumeurs : sulfureuse, diabolique, caractérielle et hystérique. (…) J’essaie de convaincre, d’entraîner. J’ai une responsabilité : pour beaucoup de femmes et d’hommes qui subissent ce que je subis, je suis un exemple de résistance. Alors, je tiens bon !

Avec l’administration Trump, nous vivons un basculement mondial. Quelle analyse faites-vous du monde ? (…)

Nous voici revenus aux desseins colonialistes qui prônent la loi du plus fort. (…) À l’internationale fasciste, nous opposerons l’internationale de la paix, l’internationale humaniste. (…) Je reprends volontiers l’expression à mon compte, je l’intègre à ce que nous avons appelé le communalisme.

Sur quels alliés comptez-vous ?

Zohran Mamdani, bien sûr. (…) Je défendrai les principes du droit international pour l’accueil des migrants et des réfugiés, pour le soutien aux peuples qui résistent et en faveur de la coopération.

Vous pensez à Gaza ?

Naturellement. (…) Pourquoi ne pas faire de Marwan Barghouti un citoyen d’honneur de la ville, par exemple ?

La loi de 1905 a fêté, le 9 décembre 2025, ses 120 ans. Votre mouvement est souvent attaqué sur le sujet. Quelle est votre vision du principe de laïcité ?

J’ai écrit un livre sur le sujet en 2007, Ma France laïque. Je n’ai pas changé d’avis. La loi de 1905 garantit la liberté de culte et institue la neutralité de l’État. Ceux qui veulent faire de ce principe une arme pointée contre les musulmans nous trouveront toujours sur leur chemin.

 

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