Editos.Printemps Arabe, acte II

Des manifestants brandissent le drapeau national non loin de l’état-major des forces armées à Khartoum (Soudan), le 17 mai. Mohamed El-Shared/AFP

Le directeur de la rédaction, Abdellatif Elazizi revient sur les mouvements populaires qui secouent le monde arabe en Algérie et au Soudan.

Les Frères musulmans vont semble-t-il connaître les pires ­moments de leur existence. Washington a évoqué son intention d’inscrire la mouvance sur la liste des organisations terroristes. Les salafistes, qui ne sont plus en odeur de sainteté auprès du gouvernement américain en raison, notamment, de leurs différends avec l’Arabie saoudite, représentent désormais l’ennemi à abattre.

Exit la collaboration étroite, au cours des années 1970, de la CIA avec les Frères musulmans et leurs alliés saoudiens dans une campagne mondiale contre le communisme. Oubliée l’alliance conclue avec l’Islam politique, très active sous Barack Obama. On n’a pourtant pas attendu Donald Trump pour savoir que les Frères musulmans, à défaut d’être terroristes, étaient extrêmement dangereux et dotés d’un entrisme redoutable.

D’Alger à Khartoum, les intégristes inquiètent l’Occident

Qui peut encore nier que le Printemps arabe a partout – en ­Tunisie, en Egypte, en Libye – confisqué les révoltes populaires au profit d’un “Printemps islamiste” aux intentions douteuses ? Tout le monde sait que ce n’est pas le sort des masses arabes qui préoccupe la Maison Blanche, comme ce n’est pas l’avenir de la démocratie dans le monde arabe qui donne des cheveux blancs aux dirigeants européens. Ce qui inspire à l’Occident une inquiétude croissante, c’est que les nouveaux soubresauts de la rue arabe, d’Alger à Khartoum (Soudan), donnent des ailes aux Frères musulmans tapis dans les recoins de ces sociétés.

Si l’Islam politique a réussi à détourner à son profit l’éclosion libertaire du premier épisode du Printemps arabe, il est bien capable de renverser les révolutions dans une situation inédite où les capitales occidentales n’auraient plus leur mot à dire.

Les raids salafistes sont encore une réalité

Exilés ou emprisonnés par le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, enfermés à double tour par les généraux corrompus de l’Algérie, longtemps réprimés par le régime de Mouammar ­Kadhafi en Libye, les islamistes ont fait le dos rond avant de s’engouffrer, à la première occasion, dans le sillage des premières élections libres. Aujourd’hui, les pionniers du Printemps arabe, dans sa deuxième saison, traquent sans répit, avec une innocence désarmante, les signes de l’intégrisme dans leurs rangs, n’hésitant pas à réprimer tous les symboles du sabre chez les manifestants.

Sauf que les salafistes manœuvrent toujours en silence. Qui a vu venir le Parti de la justice et du développement turc ? Qui a prévu la victoire de son homonyme marocain en 2011 ? Qui a prédit que les Frères musulmans précipiteraient la chute du président égyptien Hosni Moubarak la même année ?

Les raids du salafisme intégriste contre les résistances démocratiques sont encore une réalité. Et le danger de voir encore une fois la confiscation de révoltes, aussi légitimes soient-elles, par l’ogre salafiste, où à défaut par les Etats-Unis et ses affidés, est toujours d’actualité. 

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