Farid Aid, maire délégué de Pierrefitte : « Le racisme est une boue qu’on nous jette, notre réponse doit être l’action »

« Le racisme est une boue qu’on nous jette, notre réponse doit être l’action » — Farid Aid, maire délégué de Pierrefitte. © Ludovic MARIN / AFP
Élu maire délégué de Pierrefitte, Farid Aid appelle à agir sur le terrain face au racisme et aux urgences locales, entre gestion des crises et préparation du référendum sur la défusion avec Saint-Denis.
En bref :
- Farid Aid devient maire délégué de Pierrefitte au sein de la nouvelle entité de 150 000 habitants.
- Face aux crises locales (incendie, accident mortel), il insiste sur l’action immédiate sur le terrain.
- Il soutient Bally Bagayoko et dénonce les attaques racistes visant les élus locaux.
- Référendum de défusion Saint-Denis/Pierrefitte : calendrier à venir, deux ans de transition possibles.
- Priorité : écoles, sécurité des aînés et vie quotidienne des habitants.
Alors que les projecteurs sont braqués sur Saint-Denis et les attaques racistes visant le nouveau maire LFI Bally Bagayoko, le communiste Farid Aid s’installe plus discrètement, mais non moins fermement, dans son fauteuil de maire délégué de Pierrefitte. Entre gestion de crises immédiates et préparation du référendum de défusion, il appelle à un retour urgent sur le terrain. Rencontre.
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LCDL : Vous avez été élu maire délégué de Pierrefitte au sein de cette nouvelle entité de 150 000 habitants. Comment se sont déroulées ces deux premières semaines ?
Farid Aid : Sur les chapeaux de roues. Je viens à peine de m’installer dans le bureau de la mairie déléguée que la réalité du terrain m’a rattrapé. J’ai pris la mesure de la responsabilité qui m’a été confiée : il ne s’agit plus de faire campagne, mais de projeter un programme concret. Mon « bizutage » a été brutal : un incendie s’est déclaré dans un bâtiment à Pierrefitte dès mes premiers jours. Je me suis rendu sur place immédiatement. Heureusement, nous n’avons pas eu de blessés, mais l’alerte était sérieuse.
Plus tragiquement, nous avons perdu Claudette, une Pierrefittoise de 90 ans, fauchée par un véhicule. Je tiens à renouveler mes condoléances à sa famille. Pour une ville de 35 000 habitants comme la nôtre, ce sont des drames qui touchent tout le monde. Voilà mon quotidien : être là, tout de suite, dans le bain de la réalité.
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On assiste à un déchaînement médiatique autour de Saint-Denis. Le maire, Bally Bagayoko, est la cible d’attaques racistes ignobles. On vous sent solidaire, mais n’y a-t-il pas un agacement de voir ce « bruit » occulter les besoins urgents des habitants ?
Je ne suis pas agacé. Je soutiens Bally sans aucune réserve. Ces attaques sont révoltantes. Et ne croyez pas que Pierrefitte soit épargnée : à une échelle moindre, je reçois moi aussi des insultes, des « bougnoules », des « reste chez toi ». C’est pour cela que nous organisons un rassemblement contre toutes les formes de racisme ce samedi 4 avril devant l’hôtel de ville de Saint-Denis. C’est indispensable.
Mais — et c’est là l’essentiel — après les rassemblements, il y a la vie des gens. Le racisme est une boue qu’on nous jette au visage pour nous ralentir, mais notre réponse doit être l’action. Il y a une attente énorme, un besoin de terrain qui ne peut pas attendre que les polémiques s’éteignent.
Les dernières déclarations du maire de Saint-Denis sur ses anciens camarades communistes (NDLR : Bally Bagayoko s’est plaint du manque de confiance à son encontre, justifiant son départ chez LFI) ont pourtant crispé Fabien Roussel et les dirigeants du PCF. Ce « bug » médiatique ne risque-t-il pas de fragiliser votre majorité ?
Je ne cherche pas à polémiquer. Mais j’aimerais rappeler que si nous avons gagné, c’est parce que nous avons su nous rassembler. Si nous nous laissons distraire par les provocations ou les règlements de comptes, nous perdons de vue pourquoi nous sommes là. Il a fallu travailler énormément en amont pour construire cette victoire, maintenant il faut transformer l’essai. Les gens nous jugeront sur les actes, sur notre capacité à changer leur quotidien, pas sur notre capacité à alimenter les débats de réseaux sociaux.
Justement, sur ce terrain, l’euphorie de la victoire semble laisser place à une exigence très forte. On sent que la patience des habitants a des limites.
Farid Aid : Les gens nous disent : « OK, vous avez gagné, on est contents pour vous, mais maintenant on fait quoi ? ». J’étais récemment avec des enseignants et des parents d’élèves. Il y a des inquiétudes réelles sur des risques de fermetures de classes, à Pierrefitte comme à Saint-Denis. C’est un combat commun, mais mon urgence absolue, c’est de veiller à ce que nos écoles ici ne soient pas les oubliées de cette fusion. Je suis allé m’entretenir avec l’inspecteur académique pour porter la voix de nos quartiers. Samedi, nous manifesterons notre fraternité lors du rassemblement, mais dès le lendemain, il faudra « aller au charbon ». On ne peut pas se payer le luxe de rester dans l’émotionnel quand l’avenir de nos mômes est en jeu.
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Vous avez promis un référendum sur la « défusion » de Saint-Denis et Pierrefitte. Où en est-on concrètement ?
Nous tiendrons notre promesse. Nous vous donnerons un calendrier précis dans quelques mois. Comme vous le savez, nous vivons un climat national déjà saturé. Puisque la Commune nouvelle est de création récente, les mécanismes financiers permettent encore de défusionner sans perte d’argent majeure. Si les Pierrefittois choisissent l’indépendance, nous aurons deux ans pour préparer la transition. Mais en attendant, mon rôle est de faire fonctionner cette ville, de protéger nos écoles et d’assurer la sécurité de nos aînés. C’est là que se joue ma légitimité, chaque jour, à Pierrefitte.
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