Interview. « J’ai fait un rêve » de The Domino, révélation rap qui conjugue noirceur et mélancolie

En cette fin 2026 tourmentée, l’artiste français d’origine tunisienne The Domino conçoit sa musique comme le reflet d’un monde en mutation, entre dures réalités urbaines, fractures sociales et histoires humaines. Véritable point d’orgue, « J’ai fait un rêve » sonne comme un manifeste d’une œuvre sans concessions qui n’a pas manqué de créer l’évènement dans la scène rap alternative. L’artiste a accepté de répondre aux questions du Courrier de l’Atlas. Entretien exclusif.
LCDA : Qui est The Domino ?
The Domino : Pour me présenter brièvement, je suis The Domino, un artiste indépendant d’origine tunisienne, basé dans les Hauts-de-Seine (92). À travers mon personnage masqué, j’ai choisi de construire une identité artistique tout en préservant mon anonymat.
LCDA : Dès sa preview, le titre phare « J’ai fait un rêve » a fait l’effet d’un pavé dans la mare sur les réseaux sociaux où certains s’en sont emparés en guise d’hymne d’un mal-être social en marge des manifs du 17 octobre. Une appropriation que vous avez visiblement acceptée volontiers à votre tour en commentant le teasing du titre : « Comment je vois le 17 octobre après avoir traîné sur les réseaux ». Revendiquez-vous cette filiation avec ces évènements ?
« J’ai fait un rêve » reflète mon regard sur les tensions et les injustices d’aujourd’hui. Les événements autour du 17 octobre et les images qui circulaient sur les réseaux m’ont marqué. Cette atmosphère sombre a inspiré l’univers du clip. Je ne présente pas ce morceau comme un hymne aux manifestations, mais je me sens concerné par les difficultés que traversent les gens, surtout avec la hausse du coût de la vie.
Je ne cautionne ni les violences ni les dégradations, mais je comprends celles et ceux qui défendent leurs conditions de vie. Dans mes morceaux, je raconte ce que je vis, ce que je ressens et ce que j’observe. « Lettre à l’humanité » parle des conflits dans le monde, « Papier » du rapport à l’argent, des inégalités et du racisme. Pour moi, le rap n’est pas juste du divertissement, c’est une façon de raconter des réalités et de transmettre des messages qui me tiennent à cœur. D’autres morceaux engagés arriveront bientôt.
LCDA : Les Hauts-de-Seine sont au confluent de certains paradoxes, souvent présenté comme l’un des départements les plus riches de France et d’Europe, il abrite tant l’ostentation de la Défense que la précarité de quartiers sensibles comme Gennevilliers. Ces disparités sociales ont-elles inspiré la noirceur de paroles telles que « Une dette sans trêve, Cœur froid, sang chaud, haine dans la sève, Grosse caisse, gros chèque, On marche ou on crève ! » ?
J’ai grandi dans des quartiers populaires des Hauts-de-Seine, où il suffisait parfois de traverser une rue pour voir un tout autre niveau de vie.
J’ai grandi entouré de personnes d’origines maghrébines, africaines et européennes. On a grandi ensemble, avec nos cultures et nos différences, sans que nos origines définissent nos liens.
C’est en grandissant, en voyant d’autres quartiers, d’autres réalités sociales, que j’ai compris l’écart entre les mondes qu’on côtoie dans une même ville. Ces contrastes ont marqué mon regard et impactent encore aujourd’hui mon écriture.
Mes paroles peuvent parfois paraître dures ou provocatrices, mais chaque mot a son importance. Certaines phrases ont plusieurs niveaux de lecture et prennent un sens différent selon la manière dont on les interprète.
LCDA : En sus des sonorités hip hop et rap percutantes et endiablées de vos titres récents résolument modernes, vos fans ont cru déceler une filiation avec le R&B US de The Weeknd ou encore le cloud rap et l’emo rap qui transparait dans d’autres titres tels que « Cocaïna », « Ye Galbi », et « Quand t’es partie ». Quelles ont été vos principales influences musicales dans la genèse de la vingtaine de titres déjà publiés ?
J’ai grandi en écoutant du rap, du R&B, du reggae, de l’électro, de l’afro et des musiques orientales. Même si le rap occupe une place particulière dans mon univers, je suis surtout sensible aux émotions qu’une musique transmet. Peu importe le style, si un morceau me touche, il peut devenir une source d’inspiration.
C’est cette diversité qui me permet d’explorer aujourd’hui une large palette de couleurs musicales, avec des sonorités, des ambiances et des émotions différentes.
Je ne cherche pas à m’enfermer dans un seul registre. Les titres que j’ai déjà sortis reflètent d’ailleurs cette diversité artistique, qui fait partie de mon identité et du mélange des cultures dans lequel j’ai grandi.
LCDA : A quand un album ?
J’ai déjà sorti de nombreux singles, mais pas encore d’album. Je souhaite d’abord continuer à développer mon univers artistique et à faire grandir ma communauté. Mon premier album viendra naturellement lorsque le projet aura atteint une nouvelle étape.
