Jidar Street art, quand les murs prennent la parole

 Jidar Street art, quand les murs prennent la parole

Le festival poursuit son ambition de faire dialoguer l’art, la ville et ses habitants

Entre fresques monumentales, transmission artistique et stratégie culturelle, la 11e édition du festival Jidar confirme la mue du street art marocain, désormais au cœur de l’espace public.

 

Du 16 au 26 avril 2026, les murs de la capitale marocaine, Rabat, changent de visage. Comme chaque printemps, le Jidar Rabat Street Art Festival investit la capitale marocaine pour transformer ses façades en toiles géantes, avec au programme la réalisation de 15 fresques murales.

Mais cette 11e édition marque un tournant : celui d’un événement arrivé à maturité, qui dépasse la simple performance artistique pour s’imposer comme un véritable outil de politique culturelle.

Porté par EAC L’Boulevard, le festival poursuit une ambition claire : faire dialoguer l’art, la ville et ses habitants.

 

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Une ville-galerie en mouvement

Dans plusieurs quartiers de Rabat — Hassan, Agdal, Yacoub El Mansour ou encore Youssoufia — une quinzaine de nouvelles fresques verront le jour. Le principe reste inchangé, mais toujours aussi efficace : ouvrir l’art à tous, sans médiation institutionnelle, directement dans la rue.

Cette année, la programmation fait la part belle à une scène marocaine en pleine affirmation. Parmi les artistes annoncés, on retrouvera les fidèles ou incontournables :

  • Bakr (également encadrant du Mur collectif)
  • M’hamed El Baz
  • Remed
  • Case Maclaim
  • Inti

Loin d’un simple affichage international, leur présence s’inscrit dans une logique de dialogue avec le territoire. Chaque œuvre est pensée en lien avec son environnement, son histoire et ses habitants.

Former, transmettre, institutionnaliser

Au cœur du dispositif, le Mur collectif s’impose comme l’un des axes les plus structurants du festival. Encadré cette année par Bakr, figure du street art marocain, il permet à de jeunes artistes marocains de se former in situ, au contact de professionnels confirmés.

Autre nouveauté notable : le lancement du Grand Prix Jidar, qui récompense les fresques réalisées lors de l’édition précédente, avec une dimension participative via le vote du public. Une manière d’inscrire les œuvres dans le temps long et de renforcer leur statut patrimonial.

En parallèle, visites guidées, parcours urbains (“Rabat Art Explore”) et contenus audio viennent enrichir l’expérience. Le festival ne se contente plus de produire des images : il construit une médiation culturelle active.

Au fil des éditions, Jidar Rabat Street Art Festival a changé de nature. Né comme un événement artistique, il devient aujourd’hui un levier structurant pour la scène locale et un outil de rayonnement pour le Maroc.

Reste une question, en filigrane : à mesure que le street art s’institutionnalise, peut-il conserver sa liberté  originelle ? À Rabat, les murs continuent de répondre.

 

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