Kebir Mustapha Ammi explore l’ambiguïté morale dans son nouveau roman Les Vertus immorales

 Kebir Mustapha Ammi explore l’ambiguïté morale dans son nouveau roman Les Vertus immorales

Publié chez Éditions Gallimard, ce roman propose une fresque historique et philosophique qui interroge les frontières mouvantes entre vertu et transgression

Le roman Les Vertus immorales de l’écrivain maroco-français Kebir Mustapha Ammi a été présenté lundi 16 février à Rabat.

La rencontre s’est tenue au siège de la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger, en présence de figures du monde culturel et d’un public passionné de littérature.

Publié chez Éditions Gallimard, ce roman propose une fresque historique et philosophique qui interroge les frontières mouvantes entre vertu et transgression, à travers le parcours initiatique d’un jeune Marocain du XVIᵉ siècle.

Un voyage initiatique entre savoir et survie

Au cœur du récit, Moumen découvre très tôt que la connaissance peut devenir une voie d’émancipation. Cette révélation l’entraîne dans un long périple qui dépasse les frontières de son pays et le conduit jusqu’aux terres encore méconnues du continent américain.

Au fil de son voyage, il croise des destins singuliers, affronte la violence des hommes et se confronte à la diversité des cultures et des croyances. Les livres, la pensée et l’expérience deviennent alors ses instruments de transformation. Mais survivre dans des environnements hostiles implique parfois de franchir des limites morales, brouillant la distinction entre héroïsme et compromission. À travers ces épreuves, le personnage comprend que la vertu n’appartient pas toujours à ceux qui s’en réclament, et que la complexité humaine échappe aux catégories simplistes.

L’ombre historique de Mustapha Zemmouri

Lors de la présentation, l’auteur a expliqué que le roman s’inspire de la figure de Mustapha Zemmouri, explorateur marocain considéré comme l’un des premiers Africains à avoir parcouru le Nouveau Monde. Face à la rareté des sources historiques, Kebir Mustapha Ammi a choisi de faire de cet explorateur l’ami d’enfance de Moumen, un choix narratif qui lui permet de conjuguer fidélité historique et liberté romanesque.

Selon l’écrivain, ce personnage central offre un espace de réflexion sur des questions universelles : le bien et le mal, l’identité, la connaissance et la capacité de l’être humain à se réinventer face à l’adversité.

Une œuvre entre fiction, histoire et questionnements identitaires

Né à Taza en 1952 et installé en France depuis plus de trois décennies, Kebir Mustapha Ammi est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages qui explorent les tensions entre mémoire, exil et identité. Parmi ses titres figurent notamment La Fille du vent, Le Ciel sans détours, Mardochée ou encore Le Coiffeur aux mains rouges, récompensé par le Prix Moussa Konaté du polar francophone.

Son écriture s’inscrit dans un dialogue constant entre fiction et histoire, revisitant les récits du Maghreb tout en interrogeant les fractures contemporaines : exclusion, héritage culturel et quête de soi.

En 2016, l’écrivain a été décoré officier de l’ordre du Ouissam du Mérite national par le Roi du Mohammed VI, consacrant une trajectoire littéraire marquée par la diversité des formes et la profondeur des thèmes abordés.

Une réflexion contemporaine sous forme de roman historique

Avec Les Vertus immorales, Kebir Mustapha Ammi propose bien plus qu’un récit d’aventure. Le roman devient un espace de questionnement philosophique sur la nature humaine, la relativité des valeurs et la manière dont l’histoire individuelle se construit dans le tumulte du monde.

Entre fresque historique et méditation morale, l’ouvrage rappelle que la littérature peut éclairer le présent en revisitant le passé — et que la quête de soi demeure, quelle que soit l’époque, une traversée profondément universelle.

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