Leïla Shahid, une vie au service de la Palestine

 Leïla Shahid, une vie au service de la Palestine

Leila Shahid, diplomate et voix du peuple palestinien, s’est éteinte le 18 février 2026. Photo : Stephan Agostini / AFP.

Leïla Shahid est morte le 18 février 2026, à Lecques, dans le Gard. Elle avait 76 ans. L’ancienne diplomate, gravement malade depuis plusieurs années, s’est donné la mort, a annoncé sa famille au journal Le Monde. Avec elle disparaît une voix qui, pendant des décennies, aura porté la Palestine et les Palestiniens bien au-delà des tribunes officielles, dans un monde souvent sourd à leur histoire.

Il y a des vies qui ne tiennent pas dans une fonction, un titre ou une ligne de curriculum. Des vies qui ressemblent plutôt à des lignes de fracture : entre l’exil et l’attachement, entre la parole et le silence, entre l’espoir et l’usure. Celle de Leïla Shahid était de celles-là.

Née à Beyrouth en 1949, dans une famille palestinienne en exil, elle appartenait à cette génération façonnée par le déracinement. Pas celui qu’on raconte dans les livres, mais celui qui s’infiltre dans chaque décision, chaque engagement, chaque colère retenue.

Engagée en politique dès l’âge de 18 ans, proche de Feu Yasser Arafat, elle parlait couramment l’anglais et le français. Très tôt, elle avait compris que sa vie ne serait pas une trajectoire personnelle ordinaire. Elle serait une voix, parfois fatiguée, souvent isolée, mais obstinément debout.

Elle fut la première femme à représenter l’Organisation de libération de la Palestine à l’étranger, à partir de 1989, d’abord en Irlande, puis aux Pays-Bas et au Danemark. À partir de 1993, elle devint déléguée générale de la Palestine en France, fonction qu’elle occupa jusqu’en 2006. Elle représenta ensuite la Palestine auprès de l’Union européenne, à Bruxelles, de 2006 à 2015.

Mais elle n’était pas seulement une diplomate. Elle était une présence. Une manière d’entrer dans une pièce comme on entre dans un combat : droite, calme, habitée par une certitude presque têtue, que la dignité n’est pas un slogan mais une discipline quotidienne. Chez elle, cela ne sonnait jamais comme un mot abstrait. C’était une façon de se tenir, de regarder, d’écouter, même face à l’injustice répétée.

Pendant des décennies, elle a parlé pour un peuple dont la parole était souvent confisquée ou caricaturée. On se souvient d’elle lors de débats télévisés : elle était une formidable débatteuse, précise dans ses arguments, implacable sans jamais hausser le ton, capable d’allier fermeté et pédagogie face à la contradiction.

Elle savait convaincre, agacer, émouvoir, déranger. Elle savait aussi encaisser les interruptions, les soupçons, les regards fermés. À force, cela use. Même les plus solides.

Sa disparition laisse un vide particulier. Pas seulement celui d’une personnalité reconnue, mais celui d’une voix capable de maintenir un fil, fragile, tendu, indispensable, entre des réalités que tout pousse à se séparer. Elle incarnait une idée simple et pourtant difficile : qu’on peut rester digne même quand l’histoire vous broie.

Il restera d’elle ce mélange rare de douceur et d’inflexibilité. Une force sans dureté. Une colère sans haine. Une fidélité à une cause qui n’était pas une posture, mais une manière d’habiter le monde.