Mairie de Paris : Sarah Knafo détourne l’esprit de Victor Hugo

Sarah Knafo, députée européenne du parti d’extrême droite Reconquête ! et candidate à la mairie de Paris, s’exprime devant un écran géant affichant un portrait de Victor Hugo lors d’un meeting électoral au Dôme de Paris, le 9 mars 2026. (Photo : Dimitar DILKOFF / AFP)
Hier (9 mars), Sarah Knafo, candidate de l’extrême droite à la mairie de Paris, a utilisé l’image de Victor Hugo lors d’une réunion de campagne. Un choix qui contraste avec l’ouverture de l’auteur français à l’Islam et aux valeurs universelles, illustrées dans son poème L’an neuf de l’Hégire.
Lors de cette réunion au Dôme de Paris, un écran géant affichait le portrait de Victor Hugo, figure emblématique de la littérature et de l’engagement politique français. L’usage de figures historiques dans les campagnes politiques est courant, mais le choix de Hugo semble paradoxal.
Profondément spirituel et ouvert aux autres religions, Victor Hugo s’est intéressé à l’Islam et a célébré la figure du prophète Mohammed dans plusieurs poèmes. L’historien Alain Decaux rappelait en 2002 :
« La Bible ne répond plus à ses questions. Pourquoi ne pas découvrir le Coran ? Il y trouve cette idée qui le frappe parce qu’elle est sienne : ‘L’homme est de toutes parts environné de Dieu.’ »
Dans L’an neuf de l’Hégire, Hugo décrit avec précision le Prophète Mohammed, soulignant sa justice, sa droiture, sa piété et sa bienveillance, des valeurs universelles inspirant humanisme et respect de l’autre :
« Comme s’il pressentait que son heure était proche,
Grave, il ne faisait plus à personne un reproche…
Et je suis la force, enfants ; Jésus fut la douceur.
Le soleil a toujours l’aube pour précurseur. »
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La mise en avant de Victor Hugo par Sarah Knafo, figure de l’extrême droite française, paraît en totale contradiction avec l’ouverture de l’auteur à l’Islam et aux idéaux universels de justice et de tolérance. Pour un écrivain qui prônait le dialogue entre cultures et religions, voir son image instrumentalisée à des fins politiques contraires à ces valeurs pourrait bien faire se retourner l’auteur dans sa tombe.
À l’approche des élections municipales, cet épisode souligne l’écart entre l’usage symbolique des figures historiques dans la communication politique et la pensée réelle de ces figures, rappelant l’importance de connaître le contexte et l’esprit des œuvres que l’on invoque.
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