Meurtre de Larijani – Lettre posthume

 Meurtre de Larijani – Lettre posthume

Ali Larijani, dirigeant iranien, auteur d’une lettre posthume adressée aux musulmans du monde © Anwar AMRO / AFP

Si l’information venait à être confirmée, Ali Larijani n’aura pas seulement trouvé la mort en martyr qu’il souhaitait, mais aura aussi laissé un message, adressé la veille à tous les musulmans du monde, qui est rapidement devenu viral.

 

Même si l’Iran n’a pas confirmé, l’armée israélienne affirme avoir assassiné Ali Larijani, l’un des plus hauts dirigeants iraniens, lors d’une frappe sur l’Iran au cours de la nuit, a rapporté mardi (17 mars) le ministre israélien de la Défense, Israel Katz. Si Larijani occupait le poste de plus haut responsable de la sécurité iranienne, c’était aussi un érudit religieux qui a étudié l’exégèse musulmane dans ses moindres détails.

 

D’où sa lettre « Aux musulmans du monde entier et aux gouvernements des pays islamiques », devenue virale dès sa publication.

Lettre posthume d'Ali Larijani - Message posté sur X par l’ambassade d’Iran en Inde
Lettre posthume d’Ali Larijani – Message posté sur X par l’ambassade d’Iran en Inde

 

Dans son message, Larijani ne se prive pas de fustiger ces pays islamiques dont aucun n’a soutenu le peuple iranien. Les mots choisis ne sont pas anodins :

« L’Iran est sur la voie de la résistance face au plus grand diable et au plus petit diable, c’est-à-dire l’Amérique et Israël. »

Il s’interroge sur le statut de musulmans de certains États et va jusqu’à accuser « certains pays déclarant que l’Iran était devenu leur ennemi parce qu’il avait visé des bases américaines ainsi que des intérêts américains et israéliens sur leur territoire. Faut-il donc demander à l’Iran de rester les bras croisés pendant que les bases américaines présentes dans vos pays sont utilisées pour l’attaquer ? »

Aujourd’hui, la confrontation oppose, d’un côté, l’Amérique et Israël, et, de l’autre, l’Iran musulman et les forces de la résistance. « De quel côté vous situez-vous ? » interpelle le dirigeant les musulmans et, surtout, les chefs du monde islamique.

Cet appel à « l’unité de la nation islamique » a peu de chances de trouver un écho auprès des chefs d’État arabes, dont la plupart n’ont ni la puissance ni la capacité de résilience de l’Iran.

Mais celui qui signe sa lettre par un énigmatique « un serviteur parmi les serviteurs de Dieu, Ali Larijani » sait que le musulman lambda est désormais convaincu que la guerre contre l’islam est inscrite dans l’ADN de l’Occident, dont l’État hébreu serait le bras armé, greffé de force au Moyen-Orient sur les terres occupées des Palestiniens.

Même si l’islamophobie, habilement entretenue par certaines figures médiatiques et certains discours politiques en Europe, ce « racisme antimusulman », pourrait donner naissance tôt ou tard à un sursaut des masses musulmanes, ne laissant alors aucune place à la négociation.

Issu d’une famille de religieux chiites iraniens, dont le père était un ayatollah respecté, Ali Larijani n’était pas un religieux au sens strict du terme, mais on peut le classer parmi les intellectuels les plus éminents de l’Iran, maîtrisant bien la philosophie occidentale. On peut citer notamment ses ouvrages consacrés au philosophe allemand Emmanuel Kant.

Nommé ministre de la Culture au début des années 1990, directeur de la télévision d’État pendant une décennie, puis conseiller du Guide suprême, il rejoint les rangs des Gardiens de la révolution.

En 2005, il décroche le poste très convoité de secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale et devient négociateur en chef sur le dossier nucléaire iranien. Les accords sur le nucléaire iranien signés en 2015, c’est lui.

En tuant ce politicien habile mais pragmatique, les sionistes de Tel-Aviv ont ouvert un boulevard aux tenants les plus durs du régime des mollahs, qui ne veulent plus traiter avec les puissances occidentales et dont l’objectif reste la disparition d’Israël.

« Nous défendrons farouchement notre civilisation vieille de six mille ans, quel qu’en soit le prix, et nous ferons regretter à nos ennemis leur erreur d’appréciation », avait déclaré le 1er mars dernier, sur le réseau X, Ali Larijani — un message qui sonne désormais comme un avertissement à tous ceux qui ont déjà enterré l’Iran avant de l’avoir vaincu.

 

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