Migration : les traversées par la Manche à peine freinées par l’accord franco-britannique

Des migrants s’avancent dans la mer pour tenter de monter à bord des bateaux de passeurs afin de traverser la Manche vers la Grande-Bretagne, au large de la plage de Gravelines (nord de France), le 27 septembre 2025. Deux femmes sont mortes pendant la nuit et une soixantaine de personnes ont été secourues. (Photo de Sameer Al-DOUMY / AFP)
Après une année 2025 record, les traversées de migrants par la Manche semblent peu ralentir en ce début 2026. Les associations alertent sur des conditions de traversée de plus en plus périlleuses.
Selon les chiffres du Home Office, entre le 1er janvier et le 8 février, 1 200 migrants ont atteint les côtes anglaises en traversant la Manche, contre 1 550 l’année dernière à la même période. Dans un communiqué du 18 février, Utopia 56 annonçait 1 530 personnes ayant réussi la traversée depuis le début de l’année, en indiquant que les tentatives avaient été ralenties par des conditions météorologiques défavorables.
Six mois après, l’accord franco-britannique dit « 1 in, 1 out » n’a pas encore démontré son efficacité. Signé le 9 juillet dernier, cet accord prévoit que, pour chaque personne migrante renvoyée en France après avoir rejoint les côtes anglaises, une autre personne, sélectionnée en France, pourra entrer au Royaume-Uni munie d’un visa. De septembre 2025 à janvier 2026, 281 personnes ont été expulsées vers la France et 350 admises au Royaume-Uni, selon Utopia 56.
Interventions brutales
Pistolets à impulsion électrique, lanceurs de balles de défense (LBD) ou encore grenades lacrymogènes : autant d’armes utilisées par les forces de l’ordre pour tenter d’empêcher les traversées de la Manche dans le Nord et le Pas-de-Calais. Dans une décision publiée le 26 janvier, la Défenseure des droits indiquait que leur utilisation était « contraire aux obligations de discernement et de [leur] usage absolument nécessaire et proportionné ».
Par ailleurs, Claire Hédon recommandait, pour respecter ce cadre légal, de rendre obligatoire le fait de rendre compte par écrit, « de manière fidèle et précise », de tout usage d’une arme de force intermédiaire. En outre, la Défenseure des droits déplorait l’absence d’enregistrements vidéo : « les effectifs qui en sont équipés n’estiment pas nécessaire de déclencher leur caméra-piéton, au motif que les enregistrements ne seraient pas exploitables ».
Zones éloignées
Pour Utopia 56, l’entrave aux traversées et la répression sont parties intégrantes de l’accord franco-britannique. Le Royaume-Uni s’est engagé à verser 543 millions d’euros « pour financer la “gestion” de sa frontière ». Cette pression accrue sur les personnes migrantes les pousse à s’éloigner pour tenter leurs traversées.
Ces expéditions sont rendues de plus en plus longues et donc dangereuses, selon l’association : « en 2025, 13 appels de détresse entre Berck et Dieppe ont concerné plus de 250 personnes sur des trajets d’environ 100 km en mer, contre 30 km entre Calais et Douvres ».
En 2025, 41 472 personnes ont rejoint le Royaume-Uni par la voie maritime irrégulière. « Au moins 42 personnes sont mortes à la frontière franco-britannique, dont 26 en mer, sans compter les personnes disparues », souligne Utopia 56.
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