Migration. 10 volontaires risquent 20 ans de prison pour avoir secouru des naufragés

Le Iuventa a contribué à sauver près de 20 000 personnes avant d'être saisi par la justice italienne en 2017.

Sept Allemands, deux Écossais et un Espagnol encourent jusqu’à 20 ans de prison après avoir sauvé des milliers de personnes de la noyade en Méditerranée centrale. La justice italienne les accuse d’« aide à l’immigration irrégulière » pour avoir mené des opérations de sauvetage à bord du Iuventa, un navire humanitaire.

Opéré par l’ONG allemande Jugend Rettet, le Iuventa a mené plusieurs campagnes de sauvetage au large de la Libye en 2017. Le navire s’est rendu célèbre en participant au sauvetage de près de 20 000 personnes en mer, mais aussi en étant la cible du gouvernement italien dominé par l’extrême droite de Matteo Salvini.

Le Iuventa finit par être saisi en août 2017 suite à l’ouverture d’une enquête en Sicile contre son équipage. Les missions de sauvetage sont donc arrêtées alors que la Méditerranée reste la route migratoire la plus dangereuse du monde. Selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), 2 832 personnes sont mortes en Méditerranée centrale pour la seule année 2017.

Interviewé par El Pais, le pompier espagnol qui faisait partie de l’équipage raconte qu’en respectant les règles, ils ont dû « regarder les gens mourir à cause de la bureaucratie ». Alors que Miguel Roldan et deux autres sauveteurs perçoivent les cris de détresse de naufragés dans l’eau au milieu de la nuit, le Centre de contrôle des opérations de recherche de Rome leur interdit de leur porter assistance, parce qu’ils se trouvent dans les eaux territoriales libyennes. Ils ne seront autorisés à le faire que 15 minutes plus tard, « une éternité pour des migrants luttant pour rester en vie (…) Plusieurs se sont noyés », raconte-t-il.

« Depuis le début des opérations, nous avons coopéré directement et totalement avec les autorités italiennes », affirme Sascha Girke au journal espagnol. Le fondateur de Jugend Rettet ne cache pas sa colère face à la menace qui pèse sur l’équipage de sauveteurs visés par l’enquête du parquet de Trapani.

Trois pompiers espagnols avaient déjà fait l’objet de poursuites pour les mêmes motifs en 2018, risquant jusqu’à 10 ans de prison pour leurs actions au large des îles grecques de la mer Égée. Les trois hommes ont été acquittés, rappelle El Pais, mais la situation est cette fois différente puisque l’équipage du Iuventa est poursuivi par la justice italienne sous un gouvernent qui prend ouvertement à partie les ONG humanitaires. L’enquête doit déterminer d’ici l’été si les 10 sauveteurs doivent comparaître devant un tribunal.

Rached Cherif

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