Musique.CCC Bantu Metal, punk à la sauce afro

Crédit photo : Florent de La Tullaye

Mouvement culturel bouillonnant, l’Afropunk séduit les générations noires du monde entier, mais semble s’éloigner de l’essence musicale rock metal. De la vague punk ne reste-t-il que l’écume ? Dans le quartier parisien de Château Rouge, un groupe underground afro metal émerge, les CCC Bantu Metal. 

Un soir ordinaire à Château Rouge. Ce quartier populaire africain du nord-est de la capitale est devenu le temple des rois de la sape. Mais pas seulement. Soudain, du rock metal vient titiller nos tympans. Il provient d’un bar, tout proche. Derrière cette explosion ­sonore se cachent les CCC Bantu Metal.
 
Au micro, un artiste affublé de lunettes psychédéliques avec des dreadlocks jusqu’à la taille. “Stop Daech, Stop Daech in Africaaaaa” hurle Cheikh, ex-chanteur de reggae d’origine sénégalaise. De sa voix rageuse, il scande des morceaux engagés en lingala et en wolof. Engagés ? “Nous ­dénonçons la situation en Afrique. Les gens ne réagissent pas. Daech sème la terreur, mais qui les soutient ? Avec notre musique, on veut faire bouger les choses”, explique-t-il.
 
 
“Ça fait penser aux Sex Pistols”
 
Le batteur, Cubain Kabeya, d’origine kinoise, transpire la transe. Membre du groupe afro électro Mbongwana Star, il incarne, avec le bassiste Chicko Katembo, la nouvelle vague punk africaine. “A Château Rouge, on se nourrit de nos énergies communes et de notre bagage musical. On s’inspire du ghetto et de ses failles.”
 
Un vent de Clash et des Sex Pistols semble souffler sur ce quartier. “Au-delà du phénomène afropunk, qui est plus un courant de mode, ce qui fait l’originalité de ces rockers, c’est qu’ils sont ­issus du prolétariat urbain. Ce sont aussi parfois des expatriés, des migrants. Ils ont une révolte punk tout en conservant leur identité africaine”, ­analyse Renaud Barret, l’un des réalisateurs du ­documentaire Benda Bilili !, sorti en 2010.
 
C’est vrai, la musique de ces afropunks prend aux tripes et éveille les sens. On a envie de se déchaîner et de crier entraîné par leurs vibrations. Et les adeptes sont nombreux. Thomas Darnal, ex-Mano Negra et nouvel arrivant chez les CCC Bantu Metal, s’est laissé séduire. “J’adore ! Ça fait penser aux Sex Pistols ! Ça correspond bien à la manière dont on appréhende la musique aujourd’hui. C’est complètement ­jubilatoire et même historique.” Les CCC Bantu Metal n’en sont qu’à leurs débuts. Et si le prochain Punk is not Dead venait d’Afrique ?  
 
 
 
L’AFROPUNK, KÉSAKO ?
 
En 2003, James Spooner réalise un documentaire, Afro-Punk, qui valorise les rockers-métalleux afro-américains. L’initiative connaît un tel succès qu’elle donne naissance à un festival à Brooklyn. Ce mouvement contemporain afro-américain met en lumière la culture noire et condamne toutes les discriminations. Il est le miroir de la jeunesse noire et ses diasporas affirmant leur africanité. Depuis trois ans, un festival dédié à la scène afropunk existe à Paris. Parmi les figures de ce mouvement : Solange Knowles, Willow Smith, Princess Nokia.
 
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