PCMMO 2026 : Le cinéma comme dernier rempart contre l’effacement

 PCMMO 2026 : Le cinéma comme dernier rempart contre l’effacement

Du 25 mars au 12 avril, le Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient (PCMMO) investit Paris et la Seine-Saint-Denis pour une 21e édition qui refuse le silence. Dans un paysage médiatique saturé de récits uniformes, le festival réaffirme son « obstination tranquille » : filmer pour ne pas disparaître.

À contrechamp du fracas du monde, le cinéma s’impose ici comme une ligne de vie. Éparpillé entre la capitale et sa banlieue, le PCMMO n’est pas qu’une vitrine de plus ; c’est un espace de résistance où circulent des récits que les écrans dominants préfèrent ignorer. Depuis deux décennies, il ausculte les secousses politiques et intimes de l’Algérie, de la Palestine, de l’Iran ou du Liban, à travers des œuvres souvent fragiles, parfois clandestines, mais toujours nécessaires. Ici, le film n’est pas un produit, c’est une prise de parole. Une manière de rester debout.

Cartographier les blessures, filmer les silences

Dès l’ouverture, le ton est donné avec Hijra de Shahad Ameen. Cette odyssée féminine dans une Arabie saoudite en pleine mutation interroge les corps assignés et les héritages invisibles. C’est un cinéma de tensions retenues qui irrigue l’ensemble de la programmation. À l’autre bout du spectre, le documentaire The Lions by the River Tigris de Zaradasht Ahmed suit la lente renaissance de Mossoul après l’enfer de Daech. La caméra y capte ce qui subsiste : des voix, des gestes, des fragments d’humanité au milieu des décombres.

Le festival navigue ainsi entre les archives et la brûlure du contemporain. Avec My Stolen Planet, Farahnaz Sharifi recompose une mémoire iranienne clandestine, tandis que Kamal Aljafari, dans With Hasan in Gaza, exhume des images MiniDV comme autant de fantômes d’un territoire figé dans le temps. Ces films ne se contentent pas de montrer, ils archivent l’invisible.

Figures tutélaires et l’intime comme champ de bataille

Cette édition est placée sous le parrainage croisé de deux figures majeures : la poétesse et cinéaste syrienne Hala Mohammad et le réalisateur marocain Hakim Belabbes. Deux trajectoires marquées par l’exil, la transmission et une même foi dans la puissance du récit. Chez Hala Mohammad, la mémoire est une plaie ouverte, revenant sans cesse sur les voix étouffées par les prisons syriennes. Chez Belabbes, le cinéma devient un geste intime, une tentative de recoller les morceaux d’une identité éclatée entre Chicago et le Maroc.

Au cœur de la sélection, une constante demeure : l’intime est le point d’entrée le plus radical du politique. Dans Seuls les rebelles, Danielle Arbid filme une histoire d’amour improbable dans un Liban au bord de l’effondrement total. Dans À voix basse, Leyla Bouzid explore les non-dits familiaux et les identités empêchées. Même les récits d’adolescence — comme Cotton Queen de Suzannah Mirghani ou Têtes brûlées de Maja Ajmia Zellama — deviennent des terrains de lutte, entre héritage colonial, deuil et désir féroce d’émancipation.

Un espace politique nécessaire

Plus qu’un simple festival, le PCMMO revendique son rôle de passeur. À travers ses projections, ses rencontres et ses performances, tout est pensé comme un dispositif de circulation des paroles. Le cinéma y dialogue avec la poésie et la musique pour élargir les cadres et décloisonner les regards.

À l’heure où les récits dominants saturent l’espace, le Panorama rappelle une évidence salvatrice : filmer, c’est déjà résister. Et pour nous, spectateurs, regarder, c’est peut-être enfin commencer à comprendre.