PORTRAIT. Djihene Abdellilah, de championne du monde de grappling à mentor en self-défense pour femmes

 PORTRAIT. Djihene Abdellilah, de championne du monde de grappling à mentor en self-défense pour femmes

Athlète multi-médaillée, Djihene Abdellilah a transformé son parcours, marqué par le sexisme dans le sport, en un combat plus large : aider les femmes à reprendre le pouvoir sur leur corps et leur vie. Avec son académie, elle fait du MMA un outil d’émancipation, entre self-défense, confiance en soi et reconstruction.

 

Un parcours sportif marqué par la détermination

« J’ai toujours su que je travaillerais dans le milieu du sport et dans la transmission », affirme cette sportive de haut niveau, aujourd’hui reconvertie dans le coaching.

Née en Saône-et-Loire en 1981, Djihene Abdellilah grandit avec cette certitude chevillée au corps. Âgée de tout juste cinq ans, elle s’initie à la gymnastique avant de s’orienter vers l’athlétisme, puis plus tard vers les sports de combat qui la font rêver.

Dès le collège, des professeurs d’EPS repèrent et valorisent son potentiel. « Ils ont été les premiers à souligner que, malgré le fait que je sois une fille, aucun garçon ne pouvait rivaliser avec moi physiquement », se souvient la fondatrice de la Djihene Academy, une école qui aide les femmes à reprendre confiance et à se réapproprier leur corps. Cette reconnaissance précoce conforte son choix de faire du sport le fil rouge de sa vie.

Tout au long de son parcours, Djihene Abdellilah multiplie les activités dans ce domaine. Elle pratique plusieurs disciplines, enseigne comme professeure d’EPS à la Sorbonne et travaille comme préparatrice physique. Autant d’expériences qui nourrissent sa réflexion sur la place des femmes dans ce milieu et sur la transmission.

 

L’engagement féministe et la prise de conscience

Les racines de son engagement remontent aussi à l’adolescence. Lors de séjours en Algérie, pays d’origine de ses parents, elle est frappée par la manière dont certaines femmes sont définies uniquement par leur lien aux hommes.

« Je ne comprenais pas qu’une tante ou une voisine soit désignée comme l’épouse de… Comme si son identité propre était niée et qu’elle n’existait que par ce lien », raconte la quadragénaire.

Grappling : une consécration et de nouveaux obstacles

Pendant que sa conscience féministe s’affirme, sa carrière sportive prend elle aussi un tournant décisif. Faute de pouvoir pratiquer le MMA en raison de son poids, l’athlète se tourne vers le grappling, une discipline de combat au sol sans frappes. À l’époque, le MMA limite les catégories féminines à un poids maximum de 62 kg, « pour des raisons largement esthétiques ».

Elle dénonce une inégalité structurelle : « Les hommes disposent, eux, de six catégories de poids supplémentaires, excluant de fait les femmes les plus puissantes ».

Consolation : en 2015, la voilà sacrée championne du monde de grappling. Mais ce succès sportif ne met pourtant pas fin aux obstacles. Derrière les titres, elle découvre rapidement la face sombre de la compétition. Son succès dérange. Elle fait face à un sexisme « pur et dur » et à une violence marquée au sein même de l’équipe de France. Malgré ses performances, elle subit des campagnes de dénigrement sur les réseaux sociaux et des décisions arbitraires visant à l’écarter.

« J’ai dû me battre sur le tatami, mais aussi en dehors des tapis », résume-t-elle.

La Djihene Academy : un outil d’émancipation

Cette situation agit comme un déclic. En 2020, l’entrepreneuse dans l’âme fonde la Djihene Academy avec une ambition claire : faire du MMA un outil d’émancipation. Pour elle, la self-défense dépasse largement la technique physique. « Quand on reprend le pouvoir sur son corps, on reprend le pouvoir sur énormément de choses. »

Sa méthode met l’accent sur la stratégie et la prise de décision, des compétences qu’elle juge essentielles, notamment pour les femmes confrontées à des violences économiques ou psychologiques.

« Le MMA, c’est facile. La difficulté, c’est la prise de décision. »

Aujourd’hui, Djihene Abdellilah accompagne des femmes de tous horizons, des quartiers populaires aux comités exécutifs de grandes entreprises, parfois venues chercher plus qu’une technique de défense : une manière de se réapproprier leur place. « Les violences n’ont ni religion, ni couleur, ni pouvoir d’achat », insiste-t-elle.

Son approche globale mobilise un réseau d’avocats et de psychologues afin d’assurer un suivi complet et d’éviter que les victimes ne retombent sous emprise.

À travers des partenariats avec des structures comme la Maison des femmes, elle a déjà formé des centaines d’élèves en quelques mois. Son objectif est clair : leur redonner confiance et leur prouver qu’elles sont capables d’agir et surtout de ne plus jamais subir.

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