PORTRAIT. Youssef Guezoum, la musique comme langue maternelle

 PORTRAIT. Youssef Guezoum, la musique comme langue maternelle

Youssef Guezoum et son orchestre lors d’une session de composition, mêlant inspirations marocaines et univers cinématographique.

Du cinéma de quartier de Marrakech aux studios d’Hollywood, le parcours d’un compositeur qui a fait de la musique un langage capable de dire ce que les mots ne peuvent pas toujours exprimer. À la croisée des cultures, il signe des partitions universelles sans jamais oublier les bruits de la ville de son enfance.

« La musique est entrée dans ma vie très tôt à travers le cinéma. Enfant, je passais beaucoup de temps dans les salles obscures et je me suis rapidement rendu compte que ce qui me touchait le plus dans un film, au-delà des images, c’était la musique », se souvient Youssef Guezoum, né en 1975 à Marrakech, cette ville où les rythmes gnawa se mêlent aux appels à la prière et aux chants de l’Atlas. C’est dans cette effervescence sonore, qui a inspiré un livre au prix Nobel Elias Canetti, que se forge précocement son oreille attentive.

« Quand j’étais petit, fils unique et solitaire, le cinéma et la musique étaient mes frères, mes complices, mes fenêtres. Je passais des heures seul devant l’écran, absorbant tout : les westerns, les comédies égyptiennes, les drames iraniens, les blockbusters américains, les films indiens en version doublée… », détaille-t-il.

C’est là que surgit son désir de raconter des histoires par le son, sans encore se douter que cette intuition intime deviendrait un métier.

Se former pour raconter par le son

À l’adolescence, il poursuit ses explorations. Après avoir gratté la guitare, le collégien rejoint un groupe de rock fusion baptisé The Marrakech, formé avec des amis, où il tient la basse. Son bac en poche, le voilà à Bruxelles. Il étudie le piano à l’Académie de musique de Jette, avant de s’envoler pour le Canada et de se former au Visual Sound Design à la Vancouver Film School.

 

« La musique des films est devenue ma langue maternelle. Pas besoin de comprendre tous les mots à l’écran. La mélodie me disait tout : la tristesse d’un père, la révolte d’une jeune fille, le rêve d’un étranger. C’est là que j’ai compris que la musique parle au cœur avant de parler à la tête. »

De Marrakech à Hollywood

Cette double formation, musicale et cinématographique, devient sa carte maîtresse. En 2001, il signe son premier projet de composition tout en faisant ses armes dans l’ombre des grands studios. Il travaille pour Creative Future, société réputée pour le sound design de blockbusters mythiques comme Terminator II ou Harry Potter.

Grâce à cette immersion dans les coulisses d’Hollywood, sa carrière connaît un tournant. L’enfant de Marrakech devient le compositeur attitré de plusieurs films de Jean-Claude Van Damme, notamment Soldiers, Full Love et Frenchy.

Dès 2013, ce Maroco-Américain s’installe à Los Angeles, signe avec un agent hollywoodien et devient membre de la Television Academy (Emmys) ainsi que de la Society of Composers & Lyricists (SCL).

Une signature Guezoum reconnue à l’international

Dès lors, il fait partie du cercle très fermé des compositeurs reconnus à Hollywood. Il a été nommé deux fois aux Hollywood Music in Media Awards (HMMA) en 2024 pour ses partitions sur les séries The Deep State et The Promise.

Aujourd’hui, ce statut lui vaut de collaborer à des projets d’envergure internationale. Youssef Guezoum travaille actuellement sur deux séries pour Netflix, confirmant sa présence dans le paysage audiovisuel mondial. En parallèle de sa carrière, le cinquantenaire a à cœur de transmettre son savoir et anime des master classes, notamment lors du dernier Festival de Marrakech.

Premier compositeur marocain à avoir atteint une reconnaissance internationale, il affiche une identité sonore fusionnelle qui puise dans les musiques de son pays tout en dialoguant avec la tradition classique occidentale.

 

« Que je compose pour Hollywood ou pour un réalisateur libanais, émirati ou marocain, je reviens toujours à cet enfant : celui qui écoutait avec son âme. Oui, la musique est universelle, mais elle ne parle pas la même langue partout. Elle chuchote en maqâm dans le désert, pleure en mineur dans une rue de Los Angeles et danse en rythme ternaire sur les toits de Téhéran. »

 

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