Proche-Orient. Arabie saoudite : Les deux Mohammed

Le prince héritier de l'Arabie saoudite Mohammed Ben Salman (gauche) et Mohammed Ibn Abd al-Wahhab.

Mohammed Ben Salman, Mohammed Ibn Abd al-Wahhab, il s’agit là des deux Mohammed les plus sulfureux de l’histoire des Al Saoud. « La communauté (musulmane) tout entière l’interpelle d’une et une seule voix ; pas une seule ne trouve grâce à ses yeux. Seigneur, ramène cet égaré sur le droit chemin. » Qui a prononcé ces paroles pleines de bon sens ?  

Il s’agit tout bonnement de Sulayman Ibn Abd al-Wahhab, le propre frère du fondateur de la religion la plus obscurantiste de l’histoire, car il ne faut pas se tromper, le wahhabisme n’est pas un avatar de l’islam, il s’agit d’une religion nouvelle née dans le cerveau dérangé d’un névrosé. L’« égaré » en question qui n’est autre que Mohammed Ibn Abd al-Wahhab a fait plus de mal à l’Islam que toutes les croisades réunies.

Aujourd’hui, le Mohammed qui reprend le flambeau pour finir le sale boulot n’est autre que MBS. Bien sûr, l’enfant gâté des derniers Al Saoud de l’histoire de ce pays n’a aucune intention de revenir à une vision eschatologique du royaume, encore faudrait-il qu’il en ai les moyens intellectuels mais il espère faire mieux avec un virage à 380 degrés, il a pour ambition de faire de l’Arabie saoudite, la Mecque des dépravations les plus spectaculaires, du jeu au sexe en passant par le divertissement dans son sens le plus trivial.

Comble de l’hypocrisie, la signature d'un décret royal pour mettre en place une autorité du divertissement pour légaliser la libéralisation des mœurs, insufflé par le prince héritier, ne profite finalement qu’à ceux qui n’en avaient pas besoin, ceux qui ont toujours eu assez de moyens pour aller en week-end « sexe », se faire livrer le whisky le plus cher ou passer le ramadan en Europe loin des regards réprobateurs.

Musique pop, concert, opéra, des boites de nuit, l’alcool qui coule à flot même si c’est encore sous la table, les représentants de la Commission pour la protection de la vertu et la prévention du vice – le nom officiel de la police religieuse – à qui on a ordonné de se convertir en simples conseillers matrimoniaux ont été appelés à renier leurs convictions religieuses. Jusqu’à quand ?

Pour l’instant, des brassées d’imams récalcitrants sont jetés dans les geôles du prince héritier sans autre sommation. Sous le silence complice des ONG de défense des droits de l’homme occidentales.

« Al-dab al-dasher », «l’ours lâché en liberté », expression utilisée par les rares opposants au régime qui ont réussi à survivre à l’étranger mais qui peuvent toujours craindre un scénario à la Jamal Khashoggi, ira-t-il jusqu’au bout de sa folie ? Surtout au moment où des informations inquiétantes remontent de Médine, plus exactement du tombeau du prophète Mohammed transformé en lupanar pour gens fortunés.

On ne sait pas si MBS a abandonné le projet funeste élaboré en 2014, à l’époque où il était secrétaire d'État de faire disparaître définitivement le tombeau du prophète de l’Islam. Ce fut le journal britannique The Independant qui avait rapporté l’information à l’époque. Selon ce dernier, un nouveau plan d’aménagement avait été diffusé auprès des « superviseurs » de la mosquée de Médine. Le document élaboré par l’Université islamique Imam Muhammad ibn Saoud à Riyad ne proposait pas moins, en effet, que de déplacer les restes du prophète Mohammed avant de les enterrer dans un tombeau anonyme.

Finalement, si vous avez aimé l’obscurantisme religieux de Mohammed Ibn Abdelwahab, vous allez adorer les élucubrations de Mohammed Ibn Salman, avec déculturation accélérée de la société saoudienne, mœurs libertaires, logiques profanes et sexe à volonté.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que l'antique maison de l’Islam est gravement désaffectée. A quelques jours de la célébration de la fête du mawlid el nabaoui (« la naissance du prophète »), ce qui sera bientôt reproché aux dirigeants et intellectuels arabes, c'est leur long silence. C'est d'avoir couvert du secret maints comportements délictueux des wahhabites, hier, et de fermer aujourd’hui les yeux sur le caractère  hostile, matérialiste et mortifère de la folie de MBS.

IL RACONTE

CHRONIQUES

LES DOSSIERS DU MAGAZINE

EDITOS

LES SERIES DU MAGAZINE

Articles les + lus


Agenda


ENVOYE SPECIAL

×

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies qui permettront notamment de vous offrir contenus, services, et publicités liés à vos centres d'intérêt.

Fermer