Refus d’extradition de Halima Ben Ali : un revers judiciaire pour Tunis

 Refus d’extradition de Halima Ben Ali : un revers judiciaire pour Tunis

Halima Ben Ali

La justice française a refusé, mercredi 1er avril 2026, d’extrader Halima Ben Ali, la fille cadette de l’ex autocrate tunisien, vers la Tunisie, selon des informations désormais confirmées par la défense. Cette décision met un terme, à ce stade, à une procédure engagée depuis plusieurs mois par les autorités tunisiennes.

« Une condamnation à mort ! ». C’est en ces termes forts que Samia Maktouf, l’une des avocates de Halima Ben Ali, avait qualifié le sort de sa cliente, si elle venait à être rapatriée en Tunisie. « Cette décision est un immense soulagement… La justice est passée et nous ne pouvons qu’être satisfaits que la justice prenne une décision conforme au droit », s’est-elle aussitôt félicitée.

>> Lire aussi : Halima Ben Ali arrêtée en France à la demande de Tunis

Arrêtée à Paris le 30 septembre 2025, Halima avait été pour rappel présentée au parquet général pour « notification de la demande d’arrestation provisoire » émise par les autorités tunisiennes, puis « devant le conseiller délégué pour statuer sur son placement sous écrou extraditionnel ou sous contrôle judiciaire », début octobre. L’audience devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel, compétente en matière d’extradition, était depuis très attendue.

 

Une décision française motivée par des insuffisances juridiques

L’affaire avait connu une première audience le 26 novembre 2025 à Paris, suivie d’une seconde le 10 décembre, au cours desquelles la justice française avait demandé des compléments d’information. Au cœur des interrogations : la question de la prescription de certains faits reprochés à la fille de l’ancien président Zine el-Abidine Ben Ali. Le parquet général avait notamment insisté sur la nécessité de clarifier la durée de prescription applicable aux infractions évoquées.

Mais faute d’éléments jugés suffisants, la cour a estimé que les conditions légales pour une extradition n’étaient pas réunies. Une décision définitive qui illustre la rigueur procédurale des juridictions françaises en matière de coopération judiciaire internationale, où « la forme est aussi déterminante que le fond », commente un juriste tunisien qui déplore une certaine nonchalance côté tunisien, y compris dans les efforts vains car lacunaires de récupération des biens mal acquis du clan Ben Ali par l’Etat tunisien.

 

Des accusations lourdes et un dossier emblématique

Les autorités tunisiennes accusent Halima Ben Ali de plusieurs infractions financières graves, notamment de blanchiment d’argent et de détournement de fonds publics. Selon les éléments du dossier, les faits remonteraient à la période durant laquelle son père était au pouvoir, avant la révolution de 2011. Elle n’avait alors que 19 ans, élément mis en valeur par la défense. Les peines encourues pourraient atteindre jusqu’à vingt ans de prison.

Une notice rouge d’Interpol avait été émise à la demande de Tunis, renforçant la dimension internationale de cette affaire. Déjà en 2018, Halima Ben Ali avait été arrêtée en Italie avant d’être relâchée. Résidant aujourd’hui à Dubaï, elle avait été interpellée à Paris lors d’un séjour privé, relançant la procédure judiciaire.

Ce refus d’extradition constitue un nouveau revers pour les autorités tunisiennes dans leur volonté de récupérer des figures de l’ancien régime afin de les juger. Il met également en lumière les difficultés persistantes à faire aboutir certaines procédures internationales, notamment lorsque des questions juridiques complexes comme la prescription ou les garanties procédurales entrent en jeu.

Toujours emprisonné quinze ans après la chute du régime, le cas de Imed Trabelsi, neveu de Leila Ben Ali, n’a sans doute pas aidé à établir une jurisprudence aux normes internationales, tout comme le décès en prison de Mourad Trabelsi et de Moncef Ben Ali, frère de l’ex dictateur, respectivement et 2020 et 2013.