Star Wars : la Tunisie, berceau oublié d’un univers mythique

Kasr Hadada, un des lieux de tournage
Cinquante ans après le tournage de Star Wars : Episode IV – A New Hope dans le sud tunisien, la Tunisie célèbre un héritage cinématographique unique. Expositions, circuits touristiques, initiatives locales… Mais une question demeure : la Tunisie exploite-t-elle réellement ce patrimoine à sa juste valeur ?
Le 22 mars 1976, dans les paysages lunaires du sud tunisien, naissait une partie de la légende de Star Wars: Episode IV – A New Hope. Sous un soleil cru, entre étendues minérales et horizons infinis, la Tunisie offrait à la saga de George Lucas un décor naturel d’une puissance visuelle rare — brut, presque irréel, et pourtant profondément ancré dans le réel. Entre Tozeur, Nefta, Matmata ou encore Tataouine, ces paysages allaient devenir bien plus que des lieux de tournage, mais les fondations d’un imaginaire mondial.
Tozeur, berceau d’un mythe entre fiction et réalité
C’est ici qu’a pris forme Tatooine, planète désertique devenue mythique, dont le nom s’inspire de Tataouine sans s’y limiter. En réalité, elle est une composition de plusieurs paysages tunisiens, du Djérid aux villages troglodytiques de Matmata — une géographie réelle recomposée par le cinéma, jusqu’à devenir un territoire universel. C’est aussi dans ces étendues que s’est incarnée la Force, cette énergie invisible qui relie les êtres et structure tout l’univers de la saga. Une idée abstraite, presque mystique, qui trouve ici un ancrage troublant, tant les paysages semblent suspendus entre ciel et terre.
Cinquante ans plus tard, cet héritage ressurgit, intact, presque intact. À Tozeur, la Maison de la culture Abou El Kacem Chebbi accueille, du 22 mars au 4 avril 2026, l’exposition Les 50 ans de la Force. Conçue comme une immersion visuelle, elle réunit une cinquantaine d’œuvres mêlant photographies d’époque et créations contemporaines. Accessible gratuitement, l’exposition met en lumière des images rares, mais surtout une mémoire. Celle d’un tournage qui a marqué durablement le territoire, et dont l’empreinte continue de résonner. Elle s’adresse à tous, et notamment à une génération qui n’a pas connu cet épisode fondateur, mais qui en hérite aujourd’hui. Dans le même élan, des circuits touristiques invitent à parcourir ces lieux devenus mythiques — Mos Espa, le canyon de Sidi Bouhlel — où le réel et la fiction continuent de se confondre. L’ambition est claire : faire du sud tunisien une destination incontournable du tourisme cinématographique.
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Entre initiatives locales et stratégie encore fragmentée
Mais derrière cette célébration, le paysage reste contrasté. Portée par Adel Mhenni et un collectif de passionnés, l’exposition illustre une dynamique profondément ancrée dans l’engagement individuel, où la passion comble parfois l’absence de structuration. Soutenue par des acteurs institutionnels comme l’Office national du tourisme tunisien, l’initiative témoigne d’une volonté réelle. Après Tozeur, elle poursuivra sa route à Nefta, Matmata, Médenine et Djerba, prolongeant ce travail de transmission au plus près des territoires.
Reste que cette multiplication d’initiatives, aussi sincères et riches soient-elles, révèle en creux une réalité plus fragile : celle d’un patrimoine encore dispersé, porté par des énergies isolées et insuffisamment structuré à l’échelle nationale. Car si la Tunisie possède un atout exceptionnel — celui d’avoir donné corps à l’un des univers les plus emblématiques du cinéma — elle peine encore à transformer cet héritage en une vision cohérente, lisible et durable. Là où d’autres pays ont su faire du cinéma un levier stratégique, la Tunisie avance encore par fragments. Cinquante ans après, la Force est toujours là. Présente, diffuse, presque intacte. Mais, pour qu’elle devienne un véritable levier de développement, encore faut-il lui donner une direction.
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