Fayçal Jelil et le Tour de France des parcours à vélo et en train

 Fayçal Jelil et le Tour de France des parcours à vélo et en train

Fayçal Jelil, Franco-Marocain passionné, a parcouru la France en train et à vélo pour aller à la rencontre des citoyens et mettre en lumière la diversité des parcours professionnels. Un projet ambitieux qui célèbre l’engagement, le travail et l’ouverture aux autres. Interview.

 

LCDL : Qui est Fayçal Jelil ?

Fayçal Jelil : Mes parents sont arrivés en France dans les années 70. D’ailleurs, en 2026, cela fait exactement 50 ans que ma mère a rejoint la France par le biais du regroupement familial. Mon père est originaire de Marrakech et ma mère de Sefrou, la capitale des cerises. Nous sommes six frères, et je suis le troisième de la fratrie. C’est une place singulière qui nécessite de négocier en permanence : on n’est pas assez grand pour prendre les décisions, ni assez petit pour bénéficier de la bienveillance accordée aux derniers. J’ai passé toute mon enfance à « endosser » des rôles pour les amadouer.

Qu’est-ce qui était important pour vos parents dans votre éducation ?

Les immigrés marocains des années 70 et 80 quittaient leur pays avec un véritable projet de vie. L’objectif était de s’offrir un avenir meilleur, pour eux d’abord, puis pour leurs enfants. Mes parents nous ont élevés selon un triptyque précis : la réussite passe par l’École, le respect des valeurs et des principes de la France, et le respect d’autrui. Sur ces points, ils étaient intransigeants.

En quoi consiste votre « Tour de France des Parcours » ?

J’ai réalisé ce projet avec le soutien de la FONDAPOL (fondation dirigée par Dominique Reynié) entre 2024 et fin 2025. En un peu plus d’un an, j’ai parcouru les 13 régions du territoire métropolitain : plus de 40 000 km en train et 8 000 km à vélo. Je partais avec mon sac et je sillonnais la France pour aller à la rencontre des Françaises et des Français. À chaque fois, j’avais l’impression d’être sur la « route du bled » ! J’interpellais au hasard mes concitoyens dans des lieux publics afin de les interroger sur leur parcours professionnel. Les échanges filmés duraient cinq minutes, puis je les postais sur les réseaux sociaux, notamment sur X (anciennement Twitter : @FaycalJelil).

Quel était l’objectif de cette démarche ?

Fayçal Jelil : Il s’agissait de mettre en lumière cette France silencieuse qui travaille, s’engage et fournit des efforts pour s’en sortir, indépendamment de son statut, de son identité ou de son origine. En bref : montrer que tout le monde a sa place dans la société française. Je donnais également un angle très républicain à cette action : l’indivisibilité est le socle de notre cohésion nationale. Comme le souligne la journaliste Anne Rosencher (du magazine L’Express), la Fraternité, valeur fondamentale de notre société, s’exprime souvent à travers ces rencontres imprévues.

Parliez-vous de vos origines marocaines à ces inconnus ?

Parfois, certains m’interrogeaient sur mes origines. Mon prénom, Fayçal, est révélateur : il renvoie à l’Orient, à l’autre côté de la Méditerranée. Alors, c’est avec fierté que je leur répondais que j’étais d’origine marocaine, en racontant brièvement le parcours de mes parents. À chaque fois, j’entendais cette phrase qui me ravissait : « J’adore le Maroc ! ». On échangeait alors sur la gastronomie, l’artisanat, les grandes villes touristiques, mais aussi sur le développement économique et social du pays. Ce que je n’avais pas mesuré, c’est qu’un certain nombre de citoyens français ont, à un moment de leur vie, travaillé avec un Marocain. Ce qui revenait souvent, c’était l’hospitalité, la générosité et, surtout, la valeur travail. Je dirais que le Maroc jouit d’une très belle image au sein de la société française.

Avez-vous rencontré des Marocains ou des Franco-Marocains durant votre périple ?

Oui, j’en ai rencontré beaucoup. J’ai eu un faible pour les étudiants marocains : ces jeunes talentueux qui quittent leur pays pour se former en France. Ils sont présents dans toutes les filières : universités, écoles de commerce ou d’ingénieurs. Systématiquement, je leur demandais s’ils comptaient rester ici. Sans grande surprise, la plupart souhaitent rentrer au Maroc après une première expérience probante en France. Ils sont conscients que leur pays se développe dans tous les secteurs et qu’il a besoin de ses forces vives pour accompagner sa croissance.

Avez-vous une anecdote à raconter aux lecteurs ?

Fayçal Jelil : J’étais dans la région Grand Est. Alors que je roulais sur un chemin, j’ai découvert un drapeau marocain abandonné dans les buissons ! Je l’ai ramassé et attaché à mon vélo. Quelques jours plus tard, dans le train, une personne m’a interpellé en pensant que je venais directement du Maroc à vélo ! Nous avons alors échangé courtoisement sur mon projet et sur le Maroc. Je me souviens aussi d’une boutique à Vichy, dans l’Allier, dont l’enseigne est « Aux Marocains ». Construite sous Napoléon III en 1866 et classée aux monuments historiques, cette confiserie-chocolaterie porte ce nom en raison de la fréquentation des coloniaux et du Pacha de Marrakech (Madani El Glaoui) à l’époque.

Quel conseil pourriez-vous prodiguer aux jeunes ?

Ouvrez-vous aux autres, parlez aux gens ! On ne connaît réellement une culture ou un pays qu’en voyageant. La France ne se résume pas à Paris et aux grandes métropoles, tout comme le Maroc ne se limite pas à Marrakech et ses villes impériales.

 

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