Tunisie. Ahmed Souab libéré : fin d’une détention qui ravive le débat sur l’indépendance de la justice

Ahmed Souab en compagnie de son fils à sa libération le 23 février 2026
Son arrestation fut un acte aux allures de signal politique tout autant que sa libération. L’avocat et ancien magistrat Ahmed Souab a retrouvé la liberté après plusieurs mois de détention qui a suscité une vive émotion au sein des milieux intellectuels et politiques.
La libération d’Ahmed Souab (69 ans) en ce mois de ramadan aussi appelé celui de la miséricorde est interprétée par plusieurs observateurs comme étant le signe d’une certaine détente politique : elle met en effet un terme, du moins provisoire, à une forme d’escalade dans l’arbitraire en l’occurrence.
Ahmed Souab avait été interpellé en avril 2025 à son domicile dans le cadre d’une enquête ouverte pour des déclarations publiques jugées injurieuses, voire menaçantes, à l’égard des autorités judiciaires. Selon ses proches, l’arrestation s’était déroulée sans heurts mais de manière soudaine, à la suite d’interventions médiatiques au cours desquelles il s’était exprimé sur la situation institutionnelle et sur l’évolution du système judiciaire.
Ancien magistrat administratif devenu avocat, le charismatique Souab, proche des milieux de la gauche progressiste, est connu pour son franc-parler, sa verve, son humour, et ses prises de position tranchées sur l’indépendance de la justice et la séparation des pouvoirs. Ses déclarations, largement relayées sur les réseaux sociaux, avaient alors été interprétées par certains responsables comme portant atteinte à des institutions de l’État.
Face caméra aux abords du tribunal, il avait notamment déclaré en commentant l’affaire dite de complot contre la sûreté de l’Etat que « les juges ont le couteau sous la gorge », accompagnant cette déclaration d’un geste mimant l’égorgement. Le parquet avait alors décidé l’ouverture d’une procédure, menant à son placement en détention préventive en vertu de la très sévère application de la loi antiterroriste.
Mobilisation du barreau et crispations institutionnelles
Son arrestation a immédiatement provoqué un tollé et une vague de réactions jusque l’international. Plusieurs avocats ont dénoncé ce qu’ils considéraient comme une atteinte à la liberté d’expression et à l’exercice de la profession. Des rassemblements de soutien ont été organisés devant les tribunaux, tandis que des organisations de défense des droits humains ont appelé au respect des garanties procédurales.
Pour ses soutiens, l’affaire Souab illustre un climat de crispation où la parole critique, en particulier lorsqu’elle émane d’anciens membres de l’appareil judiciaire, tend à être judiciarisée. Ils rappellent que la fonction d’avocat implique la liberté de plaider et de commenter les affaires publiques, dans le respect de la loi.
Du côté des autorités, l’accent a été mis sur le caractère strictement judiciaire de la procédure. Des sources proches du dossier ont souligné que nul n’est au-dessus de la loi et que les poursuites engagées relèvent de dispositions pénales existantes, indépendamment du statut ou du parcours professionnel de l’intéressé.
Mais la remise en liberté d’Ahmed Souab, via une peine de deux ans de prison avec sursis à l’issue de son procès en appel, ne clôt pas le sujet. Elle apaise néanmoins, temporairement, les tensions apparues ces derniers jours. Reste à savoir si cet épisode contribuera à ouvrir un débat plus large sur la place de la critique dans l’espace public et sur l’équilibre délicat entre autorité de l’État et libertés individuelles post 25 juillet 2021 en Tunisie.
