Tunisie.Enfants de l’école coranique de Regueb : premières répercussions politiques

Manifestation de parents d'élèves de l'école coranique devant le siège du gouvernorat de Sidi Bouzid

L’affaire continue de secouer l’opinion mais aussi désormais la scène politique et médiatique. Suite à la confirmation de maltraitances et d’abus, y compris sexuels, sur mineurs, les premières sanctions viennent de tomber.

Première mesure politico-administrative, le chef du gouvernement Youssef Chahed a décidé tard dans la nuit de lundi à mardi de limoger le gouverneur de Sidi Bouzid ainsi que le délégué de Regueb de leurs fonctions respectives, annonce un communiqué au ton aussi concis que télégraphique publié par la page officielle de la présidence du gouvernement. Une décision qui vient confirmer la politique de fermeté voulue en la matière par l’exécutif, même si ce style du « zéro tolérance » est parfois taxé d’impulsivité par certaines critiques.  

Le gouverneur Anis Dhifallah, en poste depuis un peu plus d’un an, était pourtant auréolé d’un récent succès sécuritaire à Jelma où plusieurs terroristes qualifiés de très dangereux avaient été abattus début janvier. Mais ni cette réussite, ni son intervention hier soir sur la TV nationale en prime time ne lui auront donc évité ce limogeage abrupte.  

Probable erreur d’appréciation, le fait qu’il ait reconnu qu’une décision de fermeture de l’école en question n’ait pas été appliquée depuis quatre années maintenant, chose confirmée par une vidéo des dignitaires religieux de l’établissement qui vient de refaire surface, datant de 2015, a sans doute été un élément retenu contre ce responsable régional.   

Confirmation des abus sexuels et premières incarcérations

Le ministère de l’Intérieur a quant à lui précisé le cadre de son intervention en faisant savoir qu’elle concernait initialement l’exploitation économique des mineurs. 42 d’entre eux ont un âge compris entre 10 et 18 ans et ont été retrouvés sur place dans un internat pratiquant la mixité des dortoirs entre ces derniers et des adultes de 18 à 35 ans.

Un rapport du médecin légiste de l’hôpital Charles Nicolle de Tunis indique selon plusieurs sources que les tests médicaux effectués à 11 enfants de l’école coranique ont confirmé la thèse des agressions sexuelles. Le rapport n’exclut pas l’hypothèse de viols sur mineurs.

Un mandat de dépôt a été émis à l’encontre du propriétaire de l’école, mis en détention pour traite de personnes, exploitation économique d’enfants et violences. Une femme âgée de 26 ans a été également mise en détention. Elle a reconnu être « mariée » au propriétaire, selon des préceptes religieux hors code de l’état civil.   

L’Association des magistrats tunisiens réagit

Le bureau exécutif de l’Association des magistrats tunisiens (AMT) a par ailleurs appelé l’Ordre national des avocats de Tunisie à assumer sa responsabilité face aux agressions verbales graves commises par « certains de ses adhérents » contre le procureur de la République du Tribunal de première instance de Sidi Bouzid, en allusion à l’affaire de l’école coranique de Regueb.

Le bureau a condamné lundi ce qu’il qualifie « d’agressions odieuses et graves commises à l’encontre du procureur de la République », estimant qu’il s’agit d’actes « honteux et contraires à l’éthique de la profession et au respect dû au pouvoir judiciaire, qui tombent sous le coup du droit pénal ». Allusions aux menaces proférées notamment par l’avocat Seif Eddine Makhlouf à l’encontre du procureur à qui il a lancé « viens à Tunis si t’es un homme ! ». Le juriste fait depuis hier lundi l’objet d’une mesure disciplinaire de l’Ordre national des avocats.  

Le Syndicat des magistrats tunisiens (SMT) a pour sa part condamné lors de sa première assemblée générale ordinaire ces mêmes déclarations qualifiées d’« insulte explicite à l’égard du procureur de la République », estimant qu’elles ont porté atteinte à l’indépendance du pouvoir judiciaire et vont à l’encontre de l’éthique de la profession.

Autre enseignement apporté par ce dossier hautement polémique, la police judiciaire a pour la première fois agi en étroite coordination avec l’Instance nationale de lutte contre la traite des personnes, une instance indépendante, ainsi que le délégué de la protection de l’enfance à Sidi Bouzid, sur « l’activité suspecte » de l’école coranique de Regueb.

Ce matin mardi, deux établissements coraniques similaires dans les faubourgs de Tunis, à Sijoumi et à Ben Arous, feraient l’objet d’une décision de fermeture, apprend-on d’une source du barreau. Signe qu’une nouvelle politique est entrée en vigueur, faite de prévention et d’actions en amont contre le phénomène d’endoctrinement qui a longtemps valu à la Tunisie sa place de choix dans le classement des pourvoyeurs internationaux de Daesh.   

Seif Soudani

>> Lire aussi : Tunisie. Descente dans une école coranique : Amnesty intervient

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