Tunisie. Flambée du prix des viandes et des fruits malgré les efforts de l’Etat

 Tunisie. Flambée du prix des viandes et des fruits malgré les efforts de l’Etat

Au terme de la première semaine du mois de ramadan, le pouvoir d’achat des Tunisiens est toujours sous tension. Face à la nouvelle flambée des prix de denrées alimentaires de base, l’alerte est lancée par les organismes de défense des consommateurs.

Le président de l’Organisation tunisienne pour informer le consommateur, Lotfi Riahi, a ainsi appelé les Tunisiens à boycotter la viande rouge et les bananes, dénonçant une « augmentation folle » des tarifs. Ce dernier a en effet estimé que les prix ont atteint des niveaux injustifiables : plus de 20 dinars le kilo pour les bananes, et entre 60 et 70 dinars pour la viande bovine et ovine, « une folie au regard des salaires moyens », alors que le mois de ramadan n’en est qu’à ses débuts, période déjà traditionnellement marquée par une hausse de la consommation.

Selon la même source, le marché de la banane, initialement conçu pour réguler l’offre et stabiliser les prix, serait aujourd’hui perturbé par l’afflux de produits de contrebande, contribuant à une spéculation accrue. Cette situation intervient malgré un recul officiel de l’inflation, pourtant passée sous la barre des 5% en janvier dernier.

Cette baisse du taux d’inflation ne suffit pas en réalité à compenser l’érosion du pouvoir d’achat des Tunisiens : car sur les quatre dernières années, celui-ci aurait perdu environ 20 % de sa valeur réelle. Pour de nombreux ménages, la viande rouge est redevenue un produit de luxe, consommé avec parcimonie, tandis que certains fruits importés sont désormais hors de portée. « J’achète 4 pommes et 4 oranges, soit deux fruits pour chaque membre de ma famille, cela me coûte souvent près de 20 dinars en fruits seulement », confie un père de famille.

 

La Société Ellouhoum au cœur des accusations présidentielles

Dans ce contexte tendu, le président de la République, Kaïs Saïed, s’est rendu mardi 24 février 2026 en inspection inopinée à la Société Ellouhoum à El Wardia. Sur place, il a affirmé que « l’ensemble des crimes et des transactions suspectes sont documentés », évoquant un dossier de corruption ancien et complexe.

Le chef de l’État a rappelé que des tentatives de modification du statut juridique de l’entreprise, dès les années 1990, visaient à préparer sa cession au profit d’intérêts privés et bancaires. Selon lui, un programme de privatisation aurait été mis en œuvre depuis 1996, accompagné du décaissement de sommes importantes pour des études fictives « jamais réalisées sur le terrain ».

Kaïs Saïed a également dénoncé la dégradation des infrastructures de l’abattoir, l’insalubrité des lieux et la propagation de maladies, pointant la responsabilité de plusieurs parties. Il a fustigé l’abattage des femelles bovines et ovines, y voyant une menace directe pour le cheptel national et la production locale. Une « explication insuffisante » d’après d’autres observateurs qui voient en le départ de pans entiers du cheptel tunisien vers l’Algérie voisine un rôle majeur dans la dégradation du cheptel en qualité et en nombre.

Le président a évoqué l’existence de réseaux imbriqués au sein de l’administration et de l’abattoir, accusés d’écouler des viandes avariées et impropres à la consommation. Il a aussi affirmé que des pressions récentes auraient été exercées pour empêcher l’importation de viandes, parlant d’un « vaste complot visant le cheptel » et d’un système de spéculation orchestré par des « hors-la-loi ».

Entre appel au boycott et dénonciation de réseaux de corruption, la crise actuelle met en lumière les fragilités structurelles du marché alimentaire tunisien. À l’approche de Ramadan, la question du contrôle des prix et de la transparence des circuits d’approvisionnement s’impose plus que jamais comme un enjeu social et politique d’envergure.