Tunisie.La Vélorution, 4ème édition, fédère toujours plus d’enthousiastes du vélo

Hier soir à Tunis, les voitures ont dû abdiquer. Les passants, eux, sont restés médusés. Les rues de la capitale ont vu parader quelques centaines d’amoureux du vélo, répondant à l’appel de l’association « Vélorution Tunisienne ». C’est la quatrième parade à vélo organisée par cette association depuis le mois d’avril. Petit à petit, ces rendez-vous nocturnes ont pris de l’ampleur, passant d’une trentaine de participants à plusieurs centaines.

Le départ est toujours donné de l’historique Bab Bhar (Porte de France) au cœur de la capitale pour un parcours d’environ quinze kilomètres. Hier soir, la parade a relié les portes de Bab Jdid, la Kasba, Bab Souika, Bab Saadoun pour arriver au Bardo devant le symbolique parlement avant de repartir jusqu’à Bab Assel, place Pasteur, Lafayette et revenir sur l’avenue Bourguiba. Traverser ces quartiers animés et bondés notamment de cafés qui étalent largement leurs tables sur les trottoirs permet de sensibiliser un maximum de personnes à la pratique du vélo. Le contraste était fort entre d’un côté le mouvement des vélos et de l’autre l’immobilisme des clients des cafés. A l’aide de sonnettes, de chansons, de slogans, le cortège entendait bien faire parler de lui. Le slogan désormais adopté officiellement par le mouvement incite à laisser rouler les vélos (« bara bara miselch, bara bara mbaskel »).

Parmi ces passionnés de vélos ou simples amateurs se côtoient femmes et hommes de toutes générations -avec une présence féminine en crescendo-, de toutes catégories professionnelles, de tous quartiers et de toutes régions. Des clubs de vélos mais aussi de coureurs ont rejoint l’évènement à l’instar du Running Club Tunis. Un groupe de cyclistes a rejoint l’évènement depuis Nabeul en vélo. Aziz a fait venir son VTT de Djerba pour participer à la balade. Sonia n’avait pas refait de vélo depuis 25 ans, elle n’a pourtant rien oublié et savourait le plaisir de retrouver les pédales. Une famille avec trois enfants dont un petit garçon de 6 ans revenait pour la seconde fois. Mohamed a fait venir son vélo de Regueb (Sidi Bouzid) pour l’occasion, bien décidé à se remettre au vélo dans ses déplacements quotidiens à Tunis encouragé par ce mouvement. Pour sa troisième participation, Haroun, trois ans, s’est encore endormi bien ficelé sur le siège bébé derrière sa maman. De son côté, l’ONG des droits de l’Homme Amnesty Internationale Tunisie paradait contre le Muslim Ban de Trump. La parade à vélo s’avère un moyen original pour transmettre des messages de paix et de tolérance. L’artiste Yasser Jeradi qui est aussi un passionné de vélo a paradé avec le groupe durant tout le parcours.  

Et le mouvement ne compte pas s’arrêter aux portes de la capitale. Hier soir, l’association a organisé un deuxième évènement en parallèle : une parade à vélo dans la ville de Sfax, deuxième ville de la Tunisie. Une cinquantaine de cyclistes ont répondu présents à Bab Diwan au cœur de Sfax et comptent bien renouveler l’expérience au plus vite.

Le mouvement semble arriver à temps. Cette semaine, en Tunisie, le prix du carburant s’est vu augmenté pour le consommateur. Le gouverneur de Tunis multiplie les déclarations sur le nécessaire désengorgement du centre-ville, qui souffre des embouteillages et de la pollution. La pratique du vélo est aussi un moyen de lutter contre de nombreuses maladies et problèmes de santé qui sévissent dans la société tunisienne (diabète, obésité, cholestérol, asthme, maladies cardio-vasculaires, cancers, dépression, etc.)

L’association Vélorution tunisienne veut promouvoir le vélo comme un moyen de transport alternatif à la voiture, comme transport citoyen, écologique et respectueux de l’espace public. Elle veut questionner les autorités et l’opinion publique sur la nécessité de sortir des modèles urbains ancestraux et de promouvoir des types de transports écologiques. Son prochain combat est de militer pour obtenir des pistes cyclables. Mais avant cela, l’association est à la recherche d’un grand local au centre-ville de Tunis afin de créer un parking à vélo qui permettra aux tunisois de se rendre à vélos à leur travail, de réparer leur vélo, d’en louer ou de se réunir autour d’un « café-vélo ».

Stéphanie Pouessel

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