Tunisie.Une très décevante croissance de 1,1% au premier trimestre

Qualifiée de préoccupante, la croissance tunisienne connaît son plus mauvais trimestre depuis le 1er trimestre 2016

L'institut Nationale de la Statistique (INS) vient de publier les derniers chiffres relatifs à la croissance trimestrielle en Tunisie : au premier trimestre 2019, le PIB en volume n’augmente que d’un tout petit 1.1 % par rapport au même trimestre de l’an dernier, et de seulement 0.1% par rapport au quatrième trimestre de 2018… Autant dire que l’on est bien en deçà des attentes au regard du potentiel du pays et des exigences de ses bailleurs de fonds. Explications.

Le tableau de l’INS est édifiant sur la morosité économique tunisienne. On y apprend ainsi selon les différents secteurs que la valeur ajoutée des industries manufacturières a même régressé de 0,6% en glissement annuel. Un repli en grande partie lié à la baisse du secteur clé de l'agroalimentaire de -9,6% sur la même période, en raison notamment de la diminution de la production d'huile d'olive, l’un des étendards de l’agriculture nationale, en berne à cause d’une mauvaise saison des pluies.  

Le phosphate incapable de palier la baisse de production pétrolière

Les industries non manufacturières ont enregistré elles aussi un léger repli de 0,8%, avec surtout la baisse non négligeable de la production d'hydrocarbures de -10,8%, affectée par des mouvements sociaux.  

Ainsi la production tunisienne de pétrole a reculé de 40,5 mille à 38,1 mille barils par jour. En revanche, la valeur ajoutée du secteur minier s'est appréciée de +35,3%, avec le doublement de la production de phosphate à 0,9 million de tonnes au premier trimestre 2019, contre 0,4 million au premier trimestre de l'année dernière. Un seuil néanmoins encore bien loin de l’année de référence 2010 (8 millions de tonnes en 1 an, fin 2010). Rappelons qu’après la révolution, ce fleuron tunisien de la production de phosphate a été divisé par 2, à -50% en 7 ans.  

La valeur ajoutée du secteur des services marchands a en revanche évolué de 2,9%, hissée par les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration, en hausse de 7,9%, à la satisfaction du nouveau ministre du Tourisme René Trabelsi qui hérite cela dit d’une tendance haussière bien en place avant son arrivée au ministère.

L'agriculture et la pêche ont enfin enregistré une légère régression de -0,7%, essentiellement liée à la baisse de la production d'olive. Le ministère de l'Agriculture table toutefois sur une hausse pour le secteur sur l'ensemble de l'année, grâce à une récolte céréalière prometteuse.

Camouflet pour le gouvernement Chahed

Si ls ministres de Youssef Chahed affichent un certain optimisme de rigueur, l’ambiance n’est pas la fête pour un gouvernement qui a fait de la croissance économique depuis son arrivée aux affaires une priorité, y compris dans sa communication.

En cette année électorale en Tunisie, les adversaires du candidat encore officieux à la présidentielle ne manqueront pas d’exploiter l’argument de cette croissance trimestrielle anémique, à commencer par certains alliés d’Ennahdha qui n’ont pas attendu pour tirer à boulets rouges sur ce bilan.

Ainsi Hatem Boulabiar, membre du Conseil de la Choura, rappelle que « l'économie tunisienne connaît son plus mauvais trimestre depuis T1 2016. La croissance affiche un petit 1,1% au premier trimestre 2019, contre 2.7% au premier trimestre 2018 et 1,9% au premier trimestre 2017. Voilà ce qui se passe quand on met toute l'énergie en tractations politiciennes et en construction partisane. », renchérit-il sans détours.

A titre de comparaison, même si elle se ralentit également, la croissance économique marocaine aurait atteint 2,3% au premier trimestre 2019 (soit plus du double de la croissance tunisienne), contre 3,3% durant la même période un an auparavant, selon le Haut-commissariat au Plan marocain.

Pour l'INSEE, un pays entre en récession quand son PIB se replie pendant au moins deux trimestres consécutifs. Autant dire qu’avec la diminution des heures travaillées durant le ramadan, suivie dans la foulée cette année par le régime estival de la séance unique, le spectre de la récession n’est vraiment plus très loin.  

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