Tunisie.Crime et non châtiment ?

Le retour des terroristes tunisiens de Daech, au nombre de 3000 environ, partis en Syrie pour un soi-disant jihad d’ordre mercenaire, organisé et manipulé par des puissances internationales, occidentalo-persique, membres des Nations Unies, contre 3000 dollars et une rente aux familles, n’est censé poser aucun problème aux autorités tunisiennes. Le retour de tout criminel, jihadiste ou laïc, extradé ou volontaire, doit être traité par la justice et la sécurité. La Tunisie est un Etat régi par une Constitution et des institutions démocratiques. L’Etat est censé sécuriser les citoyens contre les risques de violence, et le juge défendre les droits des individus et de la société contre les crimes terroristes.

Les daechiens tunisiens veulent faire acte de repentance. Ils veulent laver tout le sang qui a giclé monstrueusement de leurs mains, tous les viols abjects de femmes et les meurtres d’enfants innocents, par un simple aveu formel ou déclaration de bonne foi que tous les Tunisiens, autorités et citoyens, sont supposés croire sur parole. Seulement, la moralité de la chose est suspecte. La bonne foi ne peut plus être présumée ici au vu des génocides dont ils ont été à l’origine en Syrie, c’est plutôt leur mauvaise foi qui devrait l’être. En l’espèce, leur volonté de nuire physiquement. Le bon sens indique que le traitement adéquat de ces terroristes devrait être d’ordre judiciaire. Tout homme doit répondre de ses actes, en mal ou en bien. La justice étant égale pour tous, tout crime a pour corollaire un châtiment approprié.

Seulement, l’opinion n’est pas rassurée. Elle exprime férocement sa colère, notamment dans les réseaux sociaux, ce baromètre numérique de l’opinion. Elle redoute le traitement constitutionnel et formel, politique (voire politicien) ou psychologique des terroristes.  Elle ne souhaite pas l’adoption d’une loi sur les repentis, comme l’a fait l’Etat algérien après les années de braise. Elle réclame un traitement ferme contre les terroristes : la déchéance de la nationalité pour certains, un obstacle à leur retour pour d’autres, la prison à vie ou la peine de mort pour d’autres, une prison spéciale ou un camp de rééducation pour les plus sensés. L’opinion craint encore que la nécessité de préservation des équilibres et des compromis politiques entre Nida et les islamistes d’Ennahdha, en arrivent à justifier une quelconque clémence vis-à-vis des terroristes. En outre, des rumeurs  font état d’une hypothétique volonté de pays européens d’installer les terroristes daechiens dans des camps de rééducation en Tunisie, moyennant la garantie de leur financement.

Déjà, une émission TV populiste, à grand public, a invité un terroriste repenti (après avoir purgé une peine de prison en Belgique), et lui a consacré deux bonnes heures de justification de sa repentance à une heure de grande écoute. Au moment même où l’Instance Vérité et Dignité a consacré de manière spectaculaire des séances publiques médiatisées des témoignages des victimes de torture sous Ben Ali. La Constitution elle-même, comme l’a rappelé le Président Essebsi, interdit d’empêcher tout tunisien de regagner son pays, fut-il terroriste, ou de lui retirer sa nationalité. En tout cas, l’opinion n’a pas apprécié que le Président puisse nuancer ses propos sur le retour des terroristes en Syrie, laissant entendre que l’Etat peut être indulgent à leur égard faute de moyens de traitement, même s’il a déclaré que des mesures sécuritaires et judiciaires seront prises à leur encontre par les autorités compétentes et que l’Etat a l’obligation de sévir. Rusé et réaliste, le président semble ne vouloir exclure aucune issue.

Quant aux partis politiques, leurs positions sont confuses et contradictoires en la matière, allant de la répression judiciaire ferme à la permissivité, en passant par l’appel à des mesures d’accompagnement et de précaution étudiées. Le recours à la loi sur la lutte contre le terrorisme et le blanchiment d’argent (une masse de 139 articles), votée par l’Assemblée des Représentants du Peuple le 25 juillet 2015, avec, faut-il le rappeler, 174 voix « pour », 0 voix « contre » et 10 « abstentions », est aussi évoquée par les partis et les associations militantes. Pour Ghannouchi, « à l’évidence », l’islam tolère l’acte du repenti qui reconnait s’être trompé et tente de se racheter. Dieu permet sans doute les retours de veste. Ennahdha se sent certainement visée par cette question du retour. La machine islamiste va tenter de la justifier, théologiquement et politiquement, par tous les moyens, en espérant mettre dans la balance, comme il arrive souvent dans les questions clés, sa collaboration gouvernementale et la stabilité du pays.

Ce qui est certain, c’est que le gouvernement ne semble pas tout à fait préparé pour ce retour. Un retour en rapport avec le retrait soudain des jihadistes des zones de conflit, notamment après leur déconfiture à Alep. Il n’en a pas les moyens. Il n’y a ni prison affectée spécialement à ces terroristes, ni camp d’accueil provisoire, ni surtout de l’argent. Les prisons actuelles, dont les cellules sont surpeuplées, n’ont déjà plus la capacité d’accueillir les prisonniers de droit commun. Certaines prisons sont en voie de construction. Le nombre des daechiens tunisiens (environ 3000), doit certainement intimider le gouvernement tunisien. Si jamais celui-ci tentera de recourir à une solution politique, ce qui n’est pas exclu au vu des multiples dépendances de l’Etat (surtout économiques), ce sera très probablement en raison de cette question du nombre des terroristes, surtout s’ils tenteront de regagner leur pays en bloc pour peser davantage sur lui et le forcer au traitement politique, en tant qu’entité « homogène ». Depuis 2011, plusieurs failles ont été relevées dans le traitement des terroristes tunisiens, plus ou moins isolés, qui sont revenus au pays via la Libye. On s’est étonné de la liberté retrouvée de leur mouvement. Pire encore aujourd’hui. 3000 terroristes rentrant d’un coup, ce sera ingérable au vu des désordres organisationnels persistants de la vie administrative, sociale, institutionnelle, et économique du pays. En plus, on n’est plus à « l’ère nouvelle » de Ben Ali. Le gouvernement ne peut plus réprimer en toute liberté et en toute impunité, même s’il a la faveur de l’opinion. Ben Ali traitait la question islamiste de manière exclusivement sécuritaire ou répressive. Il ne l’a jamais traité par le droit. Aujourd’hui, le gouvernement doit se décider à partir de la Constitution et des règles de droit. Il est sous haute surveillance.

Difficile dilemme auquel fera face le gouvernement. S’il opte pour le châtiment exemplaire, encore faut-il qu’il en ait les moyens logistiques et matériels, la limpidité du droit et la faveur des organisations militantes des droits de l’homme.

Mais, s’il ne peut réprimer les terroristes repentis de manière exemplaire, ou s’il est acculé à choisir une solution politique ou un arrangement pratique, il mettra la société civile sur le dos. Outre le fait que le laxisme sera identifié à l’impunité. Ce sera comme si on avait lancé une invitation au meurtre aux prochaines vocations en gestation. Crime et non châtiment ne donnera pas une bonne image de la nouvelle démocratie. Une réconciliation sous conditions est possible avec les auteurs d’abus politiques, sécuritaires et financiers de l’ancien régime. Leur traitement est d’ailleurs en cours d’exécution. Mais, une réconciliation est difficilement envisageable avec des criminels terroristes qui ont égorgé et assassiné nos semblables, même au nom d’un Dieu.

Hatem M'rad

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