L’interdiction de conduire pour des femmes juives ultra-orthodoxes de Londres est « illégale »

 L’interdiction de conduire pour des femmes juives ultra-orthodoxes de Londres est « illégale »

Photo d’illustration / Juifs ultra-orthodoxes d’Israël. Ilia Yefimovich/Getty Images/AFP


 


Non, nous ne sommes pas en Arabie Saoudite mais bien à Londres, en Angleterre ! La branche londonienne d’une secte juive a décrété que les enfants qui seraient conduits à l’école par leur mère ne seraient pas admis en cours. Rien que ça ! 


 


L’interdiction faite aux femmes d’une communauté juive ultra-orthodoxe de Londres de conduire leurs enfants à l’école est « illégale et discriminatoire ». Le contraire nous aurait tout de même étonnés!


La commission parlementaire britannique pour l’égalité et les droits de l’Homme a adressé ce mercredi 3 juin, ses conclusions à la secte Beltz, dans une lettre rédigée après des consultations avec le ministère de l’Education. Onora O’Neill, la présidente de cette commission, précise que cette interdiction est contraire à la loi sur l’égalité (Equality Act) de 2010.


Les juifs ultra-orthodoxes de ce mouvement hassidique, né au XIXe siècle à Beltz en Ukraine, gèrent deux écoles de Stamford Hill, dans le nord de Londres. Fin mai, ces écoles ont décrété qu’à partir d’avril tous les enfants qui seraient conduits en cours par leur mère ne seraient pas admis en classe.


Dans une lettre, citée par le site The Jewish Chronicle Online, les rabbins de cette communauté indiquent que le fait que des femmes conduisent est contraire « aux règles traditionnelles de modestie et de décence » de leur mouvement. Consulté, le leader de la communauté en Israël, le rabbin Yissachar Dov Rokeach, aurait approuvé cette interdiction de conduire.


La mesure a aussitôt suscité des réactions outrées en Angleterre. La ministre britannique de l’Education, Nicky Morgan, a qualifié l’idée de bannir des enfants de l’école si leur mère les y conduit en voiture de « totalement inacceptable dans la Grande-Bretagne moderne ». Le ministère a ouvert une enquête après avoir reçu une plainte concernant cette décision.


Gloria De Piero, députée travailliste (opposition) chargée de la question des femmes et des égalités a elle aussi réclamé la semaine dernière une enquête de la commission pour l’égalité et les droits de l’Homme. Elle a appelé à « une clarification urgente de la loi » pour savoir comment concilier les libertés religieuses et les autres droits. Dina Brawer, représentante au Royaume-Uni de l’Alliance féministe du judaïsme orthodoxe, a jugé l’interdiction « honteuse » et « dérangeante ».


Face à ces critiques, l’organisation des femmes de Beltz, Neshei Belz, a défendu la position du mouvement. « Nous estimons faire partie d’une communauté où les plus hauts standards de raffinement, de moralité et de dignité sont respectés », ont-elles écrit dans un communiqué. « Nous considérons que la conduite d’un véhicule est une activité stressante qui peut compromettre nos valeurs en nous exposant à l’égoïsme, à la colère au volant, aux injures et à d’autres comportements inappropriés », expliquent-elles.


 


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.