« La France, la Norvège, l’Algérie : mon cœur est grand, aucun pays ne fait concurrence aux autres » : le destin hors norme de l’explorateur Faysal Hanneche

 « La France, la Norvège, l’Algérie : mon cœur est grand, aucun pays ne fait concurrence aux autres » : le destin hors norme de l’explorateur Faysal Hanneche

Faysal Hanneche, explorateur franco-algérien installé en Norvège, connu pour ses expéditions aux pôles Nord et Sud ainsi qu’en Antarctique. © Celian Le Bolloch

Placé adolescent dans un foyer de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) à Valence, dans la Drôme, Faysal Hanneche a quitté la France il y a vingt-sept ans pour la Norvège. Entre les deux, un parcours qui passe par l’armée française, une école de montagne, puis trois expéditions polaires en solitaire et sans assistance, dont un pôle Nord rallié après 400 kilomètres de banquise et la plus longue traversée polaire solitaire jamais réalisée par un Français.

En bref

  • Placé adolescent dans un foyer de l’Aide sociale à l’enfance à Valence, Faysal Hanneche quitte la France pour la Norvège en 1999.
  • Ancien militaire et formé à la montagne, il devient explorateur polaire après plusieurs années passées en Scandinavie.
  • En 2013, il atteint le pôle Nord en solitaire et sans assistance après 400 kilomètres de banquise.
  • En 2014, il réalise la plus longue expédition polaire solitaire jamais accomplie par un Français en Antarctique.
  • Installé près d’Oslo, il revendique aujourd’hui une identité multiple : française, norvégienne et algérienne.

Aujourd’hui responsable technique des bâtiments scolaires d’une municipalité près d’Oslo, il a fait découvrir, en juin dernier, son pays d’adoption à un groupe de jeunes Franciliens de l’association Apart. Notre journaliste Nadir Dendoune était présent. Rencontre, étape par étape, avec un homme qui a tout reconstruit ailleurs.

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Faysal Hanneche à gauche avec des jeunes de l’association Apart et le journaliste Nadir Dendoune, deuxième à droite, en Norvège en juin 2026.
Faysal Hanneche (à gauche) aux côtés de jeunes Franciliens de l’association Apart lors d’un séjour en Norvège organisé en juin 2026. Le journaliste Nadir Dendoune apparaît deuxième à droite sur la photo. @ Nadir Dendoune

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LCDL : Comment êtes-vous devenu explorateur ?

Faysal Hanneche : Ça a commencé au foyer, grâce à deux éducateurs, William et Christophe, passionnés de montagne et de sport. Ce sont eux qui ont planté la première graine.

Je suis ensuite entré dans l’armée française, où un sergent-chef m’a formé aux bivouacs et à l’organisation à très haut niveau.

J’ai ensuite intégré une école de montagne, où un professeur m’a initié au polaire. J’ai eu le virus. Mais avant de penser aux pôles, il fallait d’abord partir vivre ailleurs.

Justement, la Norvège, comment l’avez-vous rejointe ?

Un pur concours de circonstances. Je voulais le Canada, puis les Pays-Bas. Un programme européen m’a proposé trois pays : le Danemark, la Suède et la Norvège. Les deux premiers m’ont recalé.

En 1999, la Norvège m’a pris comme assistant professeur de sport, sans aucune qualification, dans une école qui préparait ses élèves aux prestigieuses universités américaines, comme Yale ou Harvard !

Les expéditions polaires, un tournant décisif

En avril 2013, j’ai rallié le pôle Nord, en solitaire et sans assistance, après 400 kilomètres de banquise.

J’ai enchaîné directement sur une tentative au pôle Sud : aucun Français n’avait tenté les deux pôles à la suite. J’ai échoué cette première fois.

L’année suivante, je suis reparti pour l’Antarctique et j’ai réussi : soixante-trois jours, l’expédition polaire solitaire la plus longue jamais réalisée par un Français.

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Pourquoi s’être arrêté en 2014 ?

Faysal Hanneche : C’était la réalisation d’un rêve, pas un projet de carrière. Tous ceux qui m’ont enseigné l’ont fait gratuitement ; je voulais garder cette éthique intacte.

Après ce genre d’exploit, on prend vite le melon. Je me suis forcé à reprendre un travail ordinaire. J’ai même nettoyé des toilettes d’hôtel. Il faut accepter la misère à son retour, sans jamais s’y laisser dominer.

Qu’est-ce qui vous retient en Norvège, vingt-sept ans après ?

En Norvège, on parle de « nouveaux Norvégiens », un mot sans aucune charge péjorative, presque un compliment. Chez nous, on ne nous accorde jamais le simple mot « Français » : ce sera toujours « nouveaux Français », comme une nationalité sous conditions.

Pourtant, mon grand-père a combattu pendant la Première Guerre mondiale, à la Marne puis à Alep, au sein de l’armée d’Afrique. Trois générations plus tard, on nous appelle encore des « nouveaux Français ».

La paix sociale, aussi. En France, c’est le rapport de force permanent. En Norvège, les salaires se renégocient chaque année dans un climat de confiance : la grève reste l’exception, pas la méthode.

La corruption existe, mais elle ne pardonne rien : un ministre a démissionné pour avoir touché indûment une allocation de logement, et la présidente du Parlement elle-même a quitté son poste un mois après son élection pour la même raison, alors qu’elle en avait fait sa priorité en arrivant.

En France, des élus condamnés reviennent en politique comme si de rien n’était.

Gardez-vous un lien avec la France ?

Oui, bien sûr. C’est mon pays pour la vie. J’ai une partie de ma famille qui y vit toujours. J’y reviens de temps en temps. Il y a quelques années, j’ai travaillé avec la police de Valence, celle-là même qui me contrôlait étant jeune !

Par ailleurs, j’ai été officier de réserve dans l’armée française, et c’est sous ce statut que j’ai mené mon expédition au pôle Sud. J’essaie de rendre ce qu’on m’a donné.

Je suis en paix avec toutes mes identités. La France, la Norvège, l’Algérie : mon cœur est grand, aucun pays ne fait concurrence aux autres.

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Faysal Hanneche, explorateur franco-algérien vivant en Norvège, lors d’un portrait.
Faysal Hanneche, explorateur franco-algérien installé en Norvège, a réalisé plusieurs expéditions polaires en solitaire, dont une traversée de l’Antarctique en 2014. © Celian Le Bolloch
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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.