« La más dulce » : derrière la douceur des fraises, un combat de femmes

 « La más dulce » : derrière la douceur des fraises, un combat de femmes

Un regard perdu dans le silence, suspendu entre attente et désillusion

Avec « La más dulce », la réalisatrice franco-marocaine, Laïla Marrakchi, signe un drame social porté par deux ouvrières marocaines confrontées à l’exploitation dans les plantations de fraises en Andalousie. Présenté à Cannes en 2026, le film représentera le Maroc dans la course à l’Oscar du meilleur film international.

En bref

  • « La más dulce » de Laïla Marrakchi représentera le Maroc aux Oscars 2027.
  • Le film a été présenté en mai 2026 à Cannes, dans la section Un Certain Regard.
  • Il suit deux Marocaines parties travailler comme saisonnières dans les serres de fraises de Huelva.
  • Le film est une coproduction entre la France, le Maroc, l’Espagne et la Belgique.
  • Sa sortie française est annoncée pour le 24 mars 2027.

Deux femmes, un voyage et une désillusion

Hasna et Meriem quittent le Maroc pour la première fois. Direction l’Andalousie.

Elles viennent travailler comme saisonnières dans les serres de fraises de Huelva. Leur objectif est simple : gagner suffisamment d’argent pour améliorer leur vie et aider leurs familles restées au pays.

Mais le rêve tourne rapidement au cauchemar. Les deux femmes découvrent des conditions de travail difficiles, des abus et du harcèlement. Elles se retrouvent prises dans un système dont elles mesurent progressivement la violence.

Elles décident alors de parler et de résister.

Avec l’aide d’une avocate espagnole, elles engagent un combat contre leurs employeurs. Le film passe ainsi des serres agricoles aux tribunaux et transforme une histoire de migration économique en récit de solidarité féminine et de lutte pour les droits.

Une histoire née du réel

« La más dulce », « La plus douce », évoque directement la fraise, fruit au cœur de l’économie agricole de Huelva.

Le projet est né d’une rencontre. Une amie journaliste de Laïla Marrakchi, qui travaillait sur les droits humains et les migrations, enquêtait sur les Marocaines employées dans les plantations de fraises en Andalousie.

La réalisatrice l’a accompagnée en Espagne. Elle y découvre une réalité qu’elle décide de porter à l’écran.

« La más dulce » ne cherche pas seulement à raconter le parcours de ces travailleuses marocaines. Le film interroge aussi les rapports de pouvoir, la précarité et la vulnérabilité des femmes migrantes.

Le récit reste cependant centré sur les personnages, leurs liens et leur capacité à se soutenir lorsqu’elles comprennent qu’elles doivent affronter un système beaucoup plus puissant qu’elles.

La réalisatrice, derrière une œuvre qui donne un visage aux trajectoires de femmes marocaines

 

 

        >> Lire aussi : Deux films marocains primés dans la sélection « Un certain regard »

De « Marock » aux fraises d’Andalousie

Long de 1 h 41, le film réunit notamment Nisrin Erradi, Hajar Graigaa et Fatima Attif. Laïla Marrakchi retrouve ici une thématique qui traverse son cinéma : les femmes face aux normes sociales et aux rapports de pouvoir.

Née et élevée à Casablanca, la réalisatrice part à Paris à 18 ans pour étudier le cinéma. Elle signe son premier long métrage, « Marock ». Le film suit une jeunesse dorée de Casablanca et bouscule les représentations d’une société marocaine prise entre traditions, modernité et désir de liberté.

Présenté à Cannes dans Un Certain Regard, « Marock » impose d’emblée son regard.

Huit ans plus tard, elle réalise « Rock the Casbah », avec notamment Hiam Abbass, Lubna Azabal, Nadine Labaki, Morjana Alaoui et Omar Sharif.

Marrakchi travaille également pour la télévision, réalisant plusieurs épisodes du « Bureau des légendes », de « The Eddy » et, plus récemment, de la série « Carême ».

Cannes avant Hollywood

En France, le film, distribué sous le titre « Les Fraises », sortira en salles le 24 mars 2027.

Présenté en mai 2026 au Festival de Cannes, dans la section Un Certain Regard, il a déjà attiré l’attention de la critique espagnole. Cineuropa a notamment salué un film social et féministe, porté par une approche dramatique qui évite de réduire le sujet à un simple exposé documentaire.

Le Maroc dans la course aux Oscars

Cette sélection s’inscrit dans une présence désormais régulière du cinéma marocain dans la course à l’Oscar du meilleur film international.

Le Maroc a déjà atteint trois fois la shortlist de la catégorie, sans décrocher de nomination finale. En 2012, « Omar m’a tuer », de Roschdy Zem, franchit cette étape. « Le Bleu du caftan » de Maryam Touzani est à son tour retenu en 2023, suivi l’année suivante par « La Mère de tous les mensonges » d’Asmae El Moudir.

« La más dulce » arrive donc avec plusieurs atouts : une histoire qui se déroule entre le Maroc et l’Espagne, une production réunissant quatre pays et un sujet — migrations, travail saisonnier et violences faites aux femmes — qui dépasse largement les frontières marocaines.

Pour Laïla Marrakchi comme pour le cinéma marocain, le prochain défi est désormais de franchir une étape supplémentaire : transformer cette sélection en nomination aux Oscars.

>> Lire aussi : Cannes 2026 : reconnaissance sous conditions pour les cinémas du Sud 

Chaque année, plus de 12 000 travailleuses marocaines sont recrutées en Espagne pour participer à la récolte des fruits rouges à Huelva. © AFP

 

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Hella Habib

Journaliste culturelle et politique, a dirigé le magazine Maison & Jasmin, consacré à l’architecture et à l’art, avant d’occuper des fonctions de rédaction en chef au sein du quotidien La Presse de Tunisie. Journaliste au Courrier de l’Atlas.