À Asilah, le monde s’écrit sur les murs

 À Asilah, le monde s’écrit sur les murs

la médina se réinvente chaque été au gré de fresques monumentales

Depuis 1978, Asilah prouve que la culture peut changer le destin d’une ville. Chaque été, son Moussem réunit des créateurs venus des quatre coins du monde, faisant de cette petite cité du nord du Maroc l’un des grands rendez-vous du dialogue entre les cultures en Méditerranée.

Du 4 au 26 juillet, les ruelles immaculées de la médina d’Asilah, à une quarantaine de kilomètres au sud de Tanger, retrouvent leurs couleurs. Artistes, écrivains, chercheurs, musiciens et visiteurs venus du Maroc comme de l’étranger investissent la ville à l’occasion de la session estivale du Moussem culturel international d’Asilah.

En près d’un demi-siècle, cette manifestation a fait de cette ville de la côte atlantique une référence internationale en matière de culture et de développement urbain.

Une intuition devenue un modèle

L’histoire du Moussem est indissociable de celle de deux hommes : le peintre Mohamed Melehi et Mohamed Benaïssa, diplomate, ancien ministre des Affaires étrangères et enfant d’Asilah. En 1978, tous deux imaginent un projet inédit : inviter des artistes du monde entier à créer au cœur de la médina afin de redonner un souffle nouveau à la ville.

Près de cinquante ans plus tard, cette intuition est devenue un modèle souvent cité parmi les premiers exemples africains de régénération urbaine par la culture. Les murs de la médina sont devenus un support de création permanent, le patrimoine a retrouvé sa place au cœur de la vie locale et Asilah figure désormais parmi les destinations culturelles incontournables du Maroc.

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Une galerie vivante à ciel ouvert

L’image la plus emblématique du Moussem reste celle des artistes peignant directement sur les façades blanches de la médina.

Chaque été, des créateurs marocains, africains, arabes, européens ou latino-américains réalisent de nouvelles fresques sous le regard des habitants et des visiteurs. Certaines œuvres disparaissent au fil des années, remplacées par de nouvelles créations, faisant de la ville un musée vivant en perpétuel renouvellement.

Bien avant que le street art ne devienne un phénomène mondial, Asilah avait compris que les murs pouvaient devenir des œuvres d’art. Depuis près d’un demi-siècle, la médina se réinvente chaque été au gré de fresques monumentales qui dialoguent avec son patrimoine et le quotidien de ses habitants.

Bien plus qu’un festival d’arts plastiques

Mais le Moussem ne se résume pas à ses fresques. Pendant plus de trois semaines, la ville accueille une grande diversité de rendez-vous culturels :

  • expositions de peinture, sculpture, gravure, lithographie, photographie et installations contemporaines ;
  • ateliers de création réunissant artistes confirmés et jeunes talents ;
  • rencontres littéraires, présentations d’ouvrages et lectures publiques ;
  • concerts mêlant musiques marocaines, africaines, orientales, jazz et musiques du monde ;
  • conférences et universités d’été consacrées aux grands enjeux politiques, culturels et géopolitiques de la Méditerranée, du monde arabe et du continent africain.

L’autre singularité d’Asilah réside dans la place accordée à la population locale. Les enfants participent chaque année à des ateliers de peinture murale, d’écriture créative, de théâtre, de musique ou encore d’arts plastiques.

Le rayonnement d’une ville ouverte sur le monde

Si Asilah attire aujourd’hui des visiteurs venus des quatre coins du monde, c’est parce qu’elle a su construire, au fil des décennies, une identité culturelle immédiatement reconnaissable.

À l’heure où le Maroc multiplie les initiatives culturelles à l’international — des saisons culturelles aux grands festivals en passant par les événements organisés à New York, Paris ou Londres le Moussem a largement contribué à inscrire le Maroc sur la carte des grands rendez-vous culturels internationaux.

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Hella Habib

Journaliste culturelle et politique, a dirigé le magazine Maison & Jasmin, consacré à l’architecture et à l’art, avant d’occuper des fonctions de rédaction en chef au sein du quotidien La Presse de Tunisie. Journaliste au Courrier de l’Atlas.