Restitution des biens culturels : cinq choses à savoir sur une loi historique

 Restitution des biens culturels : cinq choses à savoir sur une loi historique

L’ex-ministre de la Culture Rachida Dati lors de la cérémonie officielle de restitution à la Côte d’Ivoire du tambour sacré « Djidji Ayôkwé », dit « tambour parleur », au musée du quai Branly à Paris, le 20 février 2026. © BERTRAND GUAY / AFP

Longtemps annoncée, souvent repoussée, la loi facilitant la restitution des biens culturels spoliés pendant la période coloniale franchit une étape décisive. Promis par le président Emmanuel Macron en 2017 à Ouagadougou, le texte a été adopté à l’unanimité par le Sénat avant d’être voté à l’Assemblée nationale lundi dernier. Il ouvre la voie à une nouvelle politique patrimoniale entre la France et plusieurs pays africains.

 

Que prévoit concrètement cette loi sur la restitution des biens culturels ?

Le texte permet désormais aux pays d’origine des œuvres acquises dans un contexte colonial, souvent contesté, d’obtenir leur restitution. Jusqu’ici, ces démarches étaient compliquées par le principe d’inaliénabilité des collections publiques. Quelques objets ont toutefois été restitués, mais au compte-goutte.  Parmi eux, 26 trésors d’Abomey au Bénin et du sabre d’El Hadj Omar au Sénégal en 2020.

Aujourd’hui, un cadre légal facilite ces procédures, en reconnaissant que certains biens ont été acquis dans des conditions problématiques. Cette loi s’inscrit dans un mouvement plus large de réévaluation du passé colonial et du patrimoine conservé dans les musées français.

Quels biens sont concernés ?

La loi concerne les objets entrés dans les collections françaises entre 1815 et 1972, soit du début de l’expansion coloniale à la mise en place d’une convention par l’UNESCO.

Cependant, retracer l’origine des œuvres reste un obstacle majeur. Dans de nombreux cas, il est difficile de déterminer si elles ont été pillées, achetées (sous la contrainte) ou offertes. Pour une grande partie des collections, les archives sont incomplètes, voire inexistantes.

Quels pays ont déjà formulé des demandes ?

Pour l’instant, les demandes restent limitées, une dizaine, mais elles devraient se multiplier avec l’entrée en vigueur de la loi. Elles proviennent notamment de l’Algérie, qui réclame les effets personnels de l’émir Abdelkader et du Mali, qui souhaite récupérer les pièces du trésor de Ségou. Le Bénin, déjà bénéficiaire de restitutions récentes, poursuit cette démarche. Remontant aux indépendances, ces revendications ne sont pas nouvelles. Elles ont été relancées avec force à partir des années 2010.

Où se trouvent actuellement les effets de l’émir Abdelkader ?

Figure majeure de la résistance à la colonisation, Abdelkader ibn Muhieddine est au cœur des demandes algériennes. Ses effets personnels sont aujourd’hui conservés en France, notamment au Musée de l’Armée et dans d’autres collections publiques liées à l’histoire militaire. Ces objets comprennent des armes (sabres, fusils), des vêtements traditionnels et des pièces liées à sa captivité après 1847. Leur restitution représenterait un geste hautement symbolique pour l’Algérie, où Abdelkader est considéré comme une figure fondatrice de l’histoire nationale.

Combien d’œuvres sont potentiellement concernées ?

Il n’existe pas d’estimation précise du nombre total d’objets concernés. Toutefois, les chiffres disponibles donnent un ordre de grandeur. Environ 150 000 objets africains sont conservés dans les collections publiques françaises, répartis dans près de 230 musées, dont environ 70 000 au Musée du quai Branly – Jacques Chirac.

À titre de comparaison, les musées français détiennent au total près de 121 millions d’objets. Autrement dit, les restitutions, même si elles s’intensifient, ne videront pas les musées.

Au-delà des chiffres, ces restitutions posent une question cruciale : celle de la légitimité de la détention de certains patrimoines transférés pendant la période coloniale.