Andaloussiyat : quand le Maroc fait vibrer la mémoire andalouse à l’IMA

 Andaloussiyat : quand le Maroc fait vibrer la mémoire andalouse à l’IMA

Les Haddarates Chefchaounia, qui feront découvrir au public la tradition de la hadra, pratique féminine mêlant chant et transe spirituelle

Du 29 mai au 3 juin 2026, l’Institut du monde arabe ouvre grand ses portes aux sonorités arabo-andalouses du Maroc à l’occasion de la deuxième édition du festival Andaloussiyat. Pendant plusieurs jours, concerts, conférences et ateliers feront revivre un patrimoine musical séculaire où se croisent spiritualité, poésie et mémoire méditerranéenne.

Entre exil, mémoire et transmission

Pensé comme un rendez-vous en trois temps consacré aux grandes traditions arabo-andalouses du Maghreb, le festival Andaloussiyat met cette année le Maroc à l’honneur, après une première édition dédiée à l’Algérie. À travers cette programmation ambitieuse, l’IMA ne célèbre pas seulement un genre musical : il ravive toute une mémoire culturelle née des circulations entre Orient et Andalousie, des siècles de métissage, d’exils et de transmissions.

Au Maroc, cette tradition connue sous le nom d’Al Ala occupe une place singulière. Héritée des musiciens andalous ayant quitté la péninsule ibérique après la Reconquista, cette musique savante s’est enracinée dans les villes impériales avant de traverser les générations sans jamais perdre son raffinement. Derrière chaque nouba, chaque poème chanté, c’est toute une histoire de civilisation qui continue de se transmettre, portée par les orchestres, les confréries et les maîtres de musique qui refusent de voir cet héritage se figer dans les archives.

Quand la musique dialogue avec le sacré

Pendant cinq jours, le festival déploie une programmation qui fait dialoguer les différentes sensibilités de la scène andalouse marocaine. L’ouverture est confiée au chanteur Ali Rebbahi, dont le répertoire mêle musique andalouse, madih et chants spirituels du samaâ, dans une approche où l’émotion prend souvent le pas sur la simple performance musicale.

Le festival accueille également l’Association des Ambassadeurs de la Musique Andalouse Marocaine en France, composée de jeunes musiciens qui portent cet héritage bien au-delà des frontières marocaines. Une manière de rappeler que cette musique continue d’évoluer, de circuler et de toucher de nouvelles générations.

Autre temps fort attendu : la venue des Haddarates Chefchaounia, qui feront découvrir au public la tradition de la hadra, pratique féminine mêlant chant, transe spirituelle et ferveur collective profondément ancrée dans le nord du Maroc. L’Orchestre de Rabat dirigé par Mohamed Amine Debbi, avec la participation de Bahaa Ronda, viendra ensuite illustrer toute la richesse du répertoire classique marocain, avant une clôture assurée par l’Orchestre Rawafid sous la direction d’Omar Metioui, figure incontournable de la musique arabo-andalouse contemporaine.

Faire vivre un patrimoine plutôt que le muséifier

Au-delà des concerts, Andaloussiyat revendique une autre ambition : transmettre. Car la survie de cet art repose autant sur la scène que sur l’apprentissage. Des ateliers d’initiation aux instruments emblématiques de la musique andalouse seront ainsi proposés sous la direction du musicien Qaïs Saadi, permettant au public d’approcher de plus près les subtilités de cette tradition exigeante. Loin d’une approche folklorique, le festival entend ainsi montrer que les musiques arabo-andalouses demeurent des expressions vivantes, capables de dialoguer avec le présent sans renier leur profondeur historique.

Organisé en partenariat avec l’Association des amateurs de la musique andalouse du Maroc (AAMAM), le festival illustre aussi la volonté de l’IMA de faire des patrimoines culturels maghrébins des espaces de rencontre et de circulation entre les deux rives de la Méditerranée. Une manière de rappeler que ces musiques, nées du déplacement et du brassage des peuples, continuent aujourd’hui encore de raconter une histoire commune.

>> Lire aussi : Festival Marocain de la Musique Andalouse, une édition éblouissante du 16 au 18 janvier

Avatar photo

Hella Habib

Journaliste culturelle et politique, a dirigé le magazine Maison & Jasmin, consacré à l’architecture et à l’art, avant d’occuper des fonctions de rédaction en chef au sein du quotidien La Presse de Tunisie. Journaliste au Courrier de l’Atlas.