La France assouplit les titres de séjour pour les métiers en tension : les Maghrébins concernés

 La France assouplit les titres de séjour pour les métiers en tension : les Maghrébins concernés

Alors que la France continue de faire face à des pénuries de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs clés, le gouvernement français vient d’annoncer qu’il entend accélérer et simplifier la délivrance des titres de séjour destinés aux travailleurs étrangers exerçant dans les métiers dits « en tension ». Les Maghrébins sont en première ligne. Explications.

Cette évolution, accueillie favorablement par les employeurs, pourrait bénéficier à des milliers de ressortissants étrangers déjà présents sur le territoire français, parmi lesquels de nombreux Tunisiens, Algériens, et Marocains notamment employés dans la restauration, le bâtiment, l’aide à domicile ou encore l’hôtellerie.

L’objectif affiché par les autorités françaises est double : répondre aux besoins persistants du marché du travail tout en renforçant l’encadrement de l’immigration professionnelle. Les préfectures devraient ainsi disposer de moyens supplémentaires afin de réduire les délais d’instruction des dossiers, régulièrement critiqués pour leur lenteur bureaucratique. Une simplification administrative qui pourrait en somme permettre à davantage de travailleurs de régulariser leur situation et d’accéder plus rapidement à un titre de séjour « salarié » ou « travailleur temporaire ».

 

Les Tunisiens parmi les principaux bénéficiaires

Pour la communauté tunisienne de France, cette réforme représente une opportunité importante. Les Tunisiens figurent parmi les nationalités les plus présentes dans plusieurs secteurs confrontés à des difficultés chroniques de recrutement. « La restauration, les travaux publics, les services à la personne ou encore certaines activités agricoles emploient depuis longtemps une main-d’œuvre tunisienne qui contribue au fonctionnement de pans entiers de l’économie française », souligne une avocate spécialisée en droits des migrants.

Le dispositif des métiers en tension, renforcé par la loi française sur l’immigration de 2024, permettait déjà à certains travailleurs étrangers de demander une régularisation sous conditions. Les candidats doivent notamment justifier d’une présence durable en France et d’une activité professionnelle dans un métier figurant sur la liste officielle des professions en manque de main-d’œuvre. Cette liste qui a été actualisée en 2025 comprend des postes d’ouvriers du bâtiment, d’aides à domicile, d’employés de maison, de cuisiniers ou encore de travailleurs agricoles.

Les autorités françaises souhaitent donc désormais rendre ce mécanisme plus opérationnel en réduisant les obstacles administratifs qui ont freiné son déploiement depuis son lancement. Plusieurs rapports et témoignages avaient en effet souligné les difficultés rencontrées par les travailleurs et les employeurs face à des procédures parfois longues et inégales selon les départements.

 

Une mesure qui concerne l’ensemble des étrangers non européens

Contrairement à certaines idées reçues, le dispositif s’adresse à l’ensemble des ressortissants de pays tiers, c’est-à-dire aux étrangers non citoyens de l’Union européenne, de l’Espace économique européen ou de la Suisse. Les Marocains, les Algériens, mais aussi les Sénégalais, Ivoiriens, Maliens, Turcs ou encore Bangladais présents en France peuvent donc également prétendre à cette régularisation lorsqu’ils remplissent les critères requis.

Les ressortissants du Maghreb devraient toutefois figurer parmi les principaux bénéficiaires du dispositif en raison de leur forte présence historique dans les secteurs concernés, classés en tension.

Cette orientation réitérée illustre ainsi la volonté du gouvernement Lecornu de privilégier une immigration du travail, choisie, et répondant à des besoins économiques spécifiques du pays. Si les conditions d’obtention demeurent sélectives et soumises à l’appréciation des préfectures, les prochaines mesures d’accélération pourraient faciliter les démarches de milliers de travailleurs déjà intégrés dans le tissu économique français.

 

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Seif Soudani

Seif Soudani est journaliste du Courrier de l’Atlas basé à Tunis. Il couvre la politique, l’économie et les enjeux de société en Tunisie