Visas : la colère monte contre les sociétés intermédiaires en Tunisie

 Visas : la colère monte contre les sociétés intermédiaires en Tunisie

Des demandeurs de visa tunisiens attendant leur tour aux abords d’une agence aux Berges du Lac de Tunis

L’obtention d’un visa est devenue, pour de nombreux Tunisiens, un parcours coûteux et opaque. Des ONG appellent l’Etat et les législateurs à mettre fins aux dérives croissantes des sociétés privées.

Entre délais d’attente, frais de service élevés non remboursables et difficultés à décrocher un rendez-vous, les critiques visant les sociétés intermédiaires chargées du traitement administratif des dossiers se multiplient.

C’est dans ce contexte que l’Organisation tunisienne pour informer le consommateur (OTIC) a récemment tiré la sonnette d’alarme, appelant les autorités à encadrer plus strictement ces entreprises et à protéger davantage les demandeurs de visas.

 

Des frais jugés excessifs et un système « humiliant » contesté

L’OTIC estime ainsi que la délégation par certaines chancelleries étrangères d’une partie des procédures de visas à des sociétés privées a progressivement créé un système « à faible valeur ajoutée » au nom du désengorgement des consulats et ambassades, mais générant des coûts importants pour les citoyens. Les prestations concernées touchent essentiellement à la prise de rendez-vous, à la réception des dossiers ou encore au traitement administratif préalable des demandes.

Selon l’organisation, les tarifs appliqués par certains intermédiaires sont devenus « déraisonnables », notamment au regard de la qualité réelle des services proposés. Les critiques portent aussi sur l’absence de garanties claires concernant les délais de traitement, les packs « premium« , ou encore la protection des données personnelles et biométriques des demandeurs.

Le sujet suscite un mécontentement grandissant en Tunisie, particulièrement chez les étudiants, les voyageurs et les familles engagées dans des procédures de regroupement familial ou de mobilité professionnelle. Dans plusieurs cas, les usagers dénoncent également des difficultés à obtenir des rendez-vous sans passer par des circuits informels ou des prestations supplémentaires payantes.

En 2025, la France a néanmoins délivré 116 600 visas aux ressortissants tunisiens, marquant une hausse de plus de 11 % par rapport à l’année précédente. Ce volume a été accordé sur un total de plus de 142 000 dossiers de demande traités par les autorités consulaires, faisant de la Tunisie l’un des principaux pays demandeurs dans l’espace francophone.

 

L’OTIC réclame un encadrement plus strict

Face à ces dérives, l’OTIC appelle l’État tunisien à intervenir plus fermement. L’organisation demande notamment un contrôle juridique, fiscal et financier approfondi des sociétés intermédiaires opérant dans ce secteur. Elle estime que la législation tunisienne existante sur la concurrence et les prix permet déjà aux autorités d’agir en cas d’abus ou d’augmentations injustifiées des tarifs.

Parmi les propositions avancées figure également la création, au sein du ministère des Affaires étrangères, d’un mécanisme officiel chargé de recevoir les plaintes des demandeurs de visas et de traiter les litiges liés aux prestations des intermédiaires. L’OTIC plaide aussi pour une révision du cadre réglementaire afin d’introduire des mécanismes de remboursement partiel ou total des frais de service lorsque les demandes sont rejetées, comme cela existe dans certains pays.

En mars 2026, une initiative législative avait été proposée au Parlement tunisien visant à instaurer le remboursement de 50 % des frais de service perçus par les sociétés intermédiaires telles que TLS contact, en cas de refus du dossier. Cette dernière a d’ores et déjà créé dès 2024 un service de visa à domicile destiné principalement aux demandeurs se trouvant loin des centres de visas. Il consiste en l’envoi de ses agents au domicile ou sur le lieu de travail du demandeur pour procéder à l’enregistrement de sa demande de visa.

Au-delà de la question financière, le débat soulève aussi des enjeux de souveraineté et de protection des données. Pour plusieurs observateurs, le recours automatique à des sociétés privées étrangères dans un domaine aussi sensible pose la question du contrôle des informations personnelles des citoyens tunisiens.

Cette polémique intervient enfin dans un climat marqué par une forte pression migratoire et une hausse continue des demandes de mobilité vers l’Europe et le Canada. Les procédures de visas apparaissent par conséquent de plus en plus comme un marché lucratif, au cœur d’un débat mêlant consommation, transparence administrative et souveraineté nationale.

>> Lire aussi : Tunisie. L’ambassade de France rappelle les nouvelles procédures d’entrée dans l’espace Schengen

 

Seif Soudani

Seif Soudani est journaliste du Courrier de l’Atlas basé à Tunis. Il couvre la politique, l’économie et les enjeux de société en Tunisie