Akli Mellouli, sénateur : « La visite du pape déconstruit le récit d’une Algérie intolérante vis-à-vis de l’Église catholique »

Le pape François et le président algérien Abdelmadjid Tebboune sous le dôme de la Grande Mosquée d’Alger, lors de la visite du pape le 13 avril 2026. © Akli Mellouli
Visite du pape en Algérie : Akli Mellouli évoque un moment de fraternité et de dialogue interreligieux et défend l’image d’une Algérie ouverte vis-à-vis de l’Église catholique.
Présent à Alger et notamment à la basilique Notre-Dame d’Afrique aux côtés de la députée écologiste des Hauts-de-Seine Sabrina Sebaihi, le sénateur écologiste du Val-de-Marne Akli Mellouli a assisté à la visite du pape François dans un contexte diplomatique particulier entre la France et l’Algérie.
Au-delà de l’événement religieux, il décrit une expérience marquante, entre émotion, symboles forts et réalités souvent méconnues sur le rapport de l’Algérie à l’Église et au dialogue interreligieux.

LCA : Vous étiez l’un des deux seuls parlementaires français présents à Alger…
Akli Mellouli : Oui. C’était un moment très fort et hautement symbolique. Avec Sabrina Sellali, nous représentions le peuple français dans un événement important.
Dans un contexte diplomatique particulier, marqué par l’absence d’ambassadeur de France, qui était rentré à Paris, seul le consul général était présent. D’une certaine manière, nous incarnions une présence politique française sur place. Notre présence témoignait de l’importance du dialogue entre les nations et entre les religions.
Quelle était l’ambiance à Alger ?
L’ambiance était empreinte de joie et d’émotion. Les Algériens étaient heureux, honorés d’accueillir le pape. L’accueil a été exceptionnel, fidèle à une tradition profondément ancrée. Cela déconstruit complètement le récit d’une Algérie intolérante vis-à-vis de l’Église catholique. Au contraire, nous avons vu une société ouverte, respectueuse, où la religion est aussi synonyme d’humanité et de solidarité.
Savez-vous, par exemple, que la chapelle de Charles de Foucauld à El Golea, dans le désert du Hoggar, est toujours entretenue par des Algériens ? Je m’y suis rendu moi-même, je l’ai vu. Cela montre un respect profond du patrimoine religieux, même lorsqu’il ne relève pas de la majorité.
Quel a été le message du pape lors de sa visite en Algérie ?
Le pape a tenu un discours très fort, profondément humain. Il a insisté sur la nécessité de marcher ensemble dans la diversité, en rappelant que, dans un monde traversé par les divisions, il faut savoir vivre unis. Il a appelé à la fraternité, à la réconciliation et à la paix.
Cette visite remet aussi en lumière son attachement à saint Augustin, grande figure du christianisme née au IVᵉ siècle en Algérie, dont l’héritage intellectuel et spirituel reste majeur.
Qu’avez-vous retenu de cette rencontre à Notre-Dame d’Afrique ?
C’était un moment très fort. Nous étions à une dizaine de mètres du pape, dans un lieu chargé d’histoire et d’émotion, Notre-Dame d’Afrique.
Il y avait une véritable communion entre les personnes présentes, avec des chants, des prières et des témoignages venant à la fois de chrétiens et de musulmans. Ce qui ressortait, c’était l’unité autour de valeurs universelles : la paix, le respect et la dignité humaine.
Ce moment restera gravé : la proximité avec le pape, l’atmosphère de paix, et surtout cette démonstration que la religion peut aussi être un vecteur d’humanité, de solidarité et de rapprochement entre les peuples.

Cette visite s’inscrit-elle dans une histoire plus longue de l’Église en Algérie ?
Oui, et c’est essentiel de le rappeler. Pendant la colonisation, l’Église était souvent du côté des plus pauvres, des indigènes. Beaucoup l’oublient.
Par exemple, l’archevêque d’Alger Léon-Étienne Duval, qu’on appelait parfois « Mohamed Duval » par ses détracteurs, a énormément œuvré pour les Algériens. Il a fait le choix de rester en Algérie après l’indépendance et est enterré à Notre-Dame d’Afrique.
Son successeur, Henri Teissier, a lui aussi marqué cette histoire. Il est resté en fonction jusqu’en 2008 avant de retourner vivre à Lyon. Décédé en 2020 des suites du Covid, il a été enterré à Alger, avec l’accord de sa famille, un symbole fort.
Aujourd’hui, c’est Jean-Louis Vesco qui incarne cette continuité, lui-même devenu citoyen algérien en 2023.
En quoi cette visite parle-t-elle du dialogue entre catholicisme et islam ?
Elle montre qu’au-delà des différences religieuses, il existe une proximité humaine et spirituelle réelle. Le catholicisme et l’islam peuvent dialoguer, se comprendre et surtout porter ensemble un message de paix. Cette visite en est une illustration concrète.
Quel rôle peuvent jouer des élus français dans ce type d’événement ?
Notre rôle est à la fois politique et symbolique. Être présents, c’est affirmer que la France reste attachée au dialogue entre les peuples et au respect des croyances. Avec Sabrina Sebaihi, nous avons voulu porter cette voix-là.
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