Qui sont les Padhue, médecins à diplôme étranger au statut précaire ?

 Qui sont les Padhue, médecins à diplôme étranger au statut précaire ?

Des médecins diplômés hors UE, qui exercent en France sous des statuts précaires manifestent à Paris pour demander que le ministère de la Santé leur donne l’autorisation officielle d’exercer la médecine et la pharmacie en France. © Damien MEYER / ARCHIVES AFP

Coup de colère d’Emmanuel Macron le 27 avril dernier. Le chef de l’État s’est emporté face au sort des médecins à diplôme étranger, notamment algériens, contraints de repasser des concours pour être titularisés. Le gouvernement a promis de revoir la procédure pour la simplifier. On les appelle les « Padhue ». Qui sont-ils ? Sous quels statuts travaillent-ils à l’hôpital et comment deviennent-ils officiellement médecins en France ?

Qui sont-ils ?

Ce sont des praticiens diplômés hors de l’Union européenne qui exercent en France, mais ne bénéficient pas des mêmes conditions de travail et de rémunération que les diplômés européens. Urgentistes, psychiatres, gynécologues, généralistes, gériatres… La désertification médicale et la crise du Covid ont conduit de nombreux établissements à en recruter.

Théoriquement, ils travaillent sous la supervision d’un médecin titulaire. Mais dans beaucoup d’hôpitaux, ils font tourner des services en tension et exercent des fonctions similaires à celles des médecins seniors.

« Les Padhue occupent aujourd’hui une place absolument essentielle dans le fonctionnement du système hospitalier français. Dans de nombreux établissements, notamment périphériques, ruraux ou en tension, ils assurent la continuité des soins dans des spécialités fortement déficitaires comme les urgences, la psychiatrie, l’anesthésie-réanimation, la gériatrie ou encore la médecine générale », explique le Dr Bensaidi David Abdelhalim, président de l’Ipadecc. « Il existe donc un paradoxe : le système hospitalier dépend fortement des Padhue mais continue à les maintenir dans une précarité administrative et professionnelle prolongée. »

Combien sont-ils ?

« Aucune statistique fiable », a répondu l’Ordre des médecins en 2024 dans un rapport parlementaire qui a évalué leur nombre à plus de 10 000. Selon le ministère de la Santé, 4 700 Padhue sont demandeurs d’une autorisation temporaire d’exercice ou détenteurs de cette autorisation sans avoir passé le concours. Autre chiffre : 7 500 sont en cours de validation après avoir réussi le concours.

Comment sont-ils titularisés ?

Pour voir leur diplôme reconnu, ils doivent obtenir une « autorisation de plein exercice » via un concours annuel. S’ensuit ensuite une longue procédure. Ces contraintes visent, selon l’Académie de médecine et l’Ordre des médecins, à garantir « la qualité et la sécurité » des soins.

Le concours a longtemps mis en concurrence les médecins déjà en France et ceux qui candidataient depuis l’étranger. Il a été réformé en 2025. Désormais, les médecins déjà en poste passent un concours interne et sont prioritaires sur l’essentiel des postes disponibles. Une voie externe, plus sélective, existe pour ceux sans expérience en France.

Une fois lauréats, les Padhue entament un « parcours de consolidation des compétences », une sorte de stage de deux ans avant d’être autorisés — ou non — à exercer par une commission dédiée.

Et en cas d’échec ?

Un régime dérogatoire a longtemps permis de les embaucher pendant plusieurs années, pour une rémunération allant de 1 500 à 2 200 euros mensuels. La loi Valletoux de 2023 a créé le statut de praticien associé contractuel temporaire : les médecins expérimentés peuvent travailler pendant 26 mois maximum, pour 31 204,37 euros bruts annuels.

Que deviennent les anciens Padhue ?

Au 1er janvier 2026, selon l’Ordre des médecins, les ex-Padhue devenus titulaires représentaient 9,2 % des médecins en activité régulière, soit environ 19 000 praticiens. Ils représentaient 4,1 % en 2010.

Ils sont diplômés en majorité d’Algérie (38,6 %), de Tunisie (16 %), de Syrie (8,3 %), du Maroc (6,8 %) ou du Liban (4,2 %). Les spécialités les plus représentées sont la médecine générale (19,6 %), la psychiatrie (8,8 %) et l’anesthésie-réanimation (7,9 %).

La proportion d’anciens Padhue varie beaucoup d’un département à l’autre : ils représentent 1,4 % des médecins actifs dans les Pyrénées-Atlantiques, mais 29,6 % dans l’Aisne et 29,1 % dans l’Eure-et-Loir.

« La question des Padhue ne doit plus être abordée uniquement sous l’angle administratif, mais comme un véritable enjeu stratégique de santé publique », argue le Dr Bensaidi David Abdelhalim. « Il est aujourd’hui nécessaire de construire un cadre plus humain, plus stable et plus lisible, permettant à la fois de sécuriser les parcours individuels et de répondre durablement aux besoins du système de santé. »

 

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Chloé Juhel

Chloé Juhel fait partie de la rédaction web du Courrier de l’Atlas. Elle participe à la production d’articles d’actualité et au développement des contenus numériques du média.