Gabriel Attal, des racines tunisiennes à la bataille pour l’Élysée

Gabriel Attal recevant en 2024 son homologue le Premier ministre tunisien Ahmed Hachani
Longtemps perçu comme l’héritier politique d’Emmanuel Macron, Gabriel Attal tente désormais d’imposer sa propre ligne à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.
L’ancien locataire éphémère de Matignon, qui a officiellement déclaré sa candidature en mai 2026, cherche à conjuguer une prétendue « fermeté sur l’immigration », un chantier de la modernisation économique et un certain repositionnement diplomatique de la France. De courte durée, son passage à la primature (seulement 7 mois et 27 jours) a suffi à aiguiser son appétit pour le pouvoir.
Derrière cette ambition présidentielle se dessine aussi un parcours personnel singulier : celui d’un homme politique français issu d’une famille aux origines tunisiennes, dont le grand-père paternel est né dans la médina de Tunis. Lors d’une allocution en 2024, Attal avait reconnu « les liens spéciaux » qui le lient à la Tunisie via son père.
« Mini Macron » pour ses détracteurs qui ne voient en sa candidature qu’un écran de fumée tentant d’opposer un profil jeune (37 ans) à celui de Jordan Bardella (30 ans), en jouant la carte de l’homosexualité affichée contre l’extrême droite normalisée, Attal n’entend pas pour autant laisser cette image multiculturelle et gender-friendly supposer une ligne indulgente sur les questions migratoires, conscient sans doute de la primauté de ce thème de campagne.
Une ligne migratoire plus ferme et plus sélective
Car depuis plusieurs mois, Gabriel Attal durcit sensiblement son discours sur l’immigration. Le candidat revendique désormais une politique de « maîtrise des frontières » et souhaite faire de ce sujet l’un des quatre grands piliers de son programme présidentiel, aux côtés de l’école, des salaires et de l’intelligence artificielle.
Dans plusieurs interventions médiatiques, il a ainsi défendu l’idée d’une immigration « choisie », davantage tournée vers les besoins économiques de la France. Inspiré du modèle canadien, il évoque un système à points permettant de sélectionner des travailleurs qualifiés dans les secteurs en tension, notamment la santé et les technologies.
Parallèlement à cela, Gabriel Attal propose un durcissement du regroupement familial et une réduction globale des flux migratoires. « Il faut accueillir moins pour accueillir mieux », a-t-il récemment affirmé, tout en plaidant pour une priorité donnée à « l’immigration de travail ».
Cette orientation illustre une stratégie politique assumée : occuper un espace situé entre la droite classique et le macronisme originel. Pour ses soutiens, il s’agit d’adapter la politique migratoire aux inquiétudes d’une partie de l’électorat. Ses adversaires y voient quant à eux une droitisation progressive destinée à concurrencer les thèmes de prédilection du Rassemblement national.
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Le sujet demeure particulièrement sensible dans les relations franco-maghrébines, notamment avec la Tunisie, où les politiques européennes de contrôle migratoire suscitent régulièrement critiques et tensions diplomatiques.
Rééquilibrage d’une diplomatie héritée de Matignon
Sur le terrain diplomatique, Gabriel Attal reste encore relativement discret sur les détails de son futur programme présidentiel. Mais son passage à Matignon et ses prises de position récentes permettent déjà d’identifier plusieurs orientations.
Durant son mandat de Premier ministre, il s’était en effet inscrit dans la continuité de la ligne macronienne : soutien affirmé à l’Union européenne, défense du partenariat franco-allemand et promotion d’une autonomie stratégique européenne vis-à-vis du Trumpisme. Il avait également insisté sur la nécessité de renforcer la souveraineté industrielle et technologique de la France en matière d’IA dans un contexte de rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine.
S’agissant du Maghreb, peu de propositions concrètes ont encore émergé. Toutefois, ses origines familiales tunisiennes pourraient nourrir une attention particulière aux relations entre Paris et Tunis, alors que la coopération migratoire et sécuritaire entre les deux pays occupe une place croissante dans les discussions bilatérales.
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L’homme de la réduction de visas pour la Tunisie
Sauf que les Tunisiens gardent un souvenir particulièrement amer du Gabriel Attal porte-parole du gouvernement. En 2021, la France avait soudainement réduit le nombre des visas accordés aux ressortissants tunisiens (-30%), mais aussi algériens (-50%) et marocains (-50%). Une mesure de rétorsion censée à l’époque inciter les autorités des pays du Maghreb à délivrer des laissez-passer consulaires permettant les expulsions type OQTF de migrants sans papiers en vertu d’une loi de 2018. Commentant en novembre 2021 ce revirement répressif, Attal avait alors estimé que « pour la Tunisie, cette politique a porté ses fruits », affirmant sur la chaîne Cnews « on a les premiers résultats avec la Tunisie ». Une docilité présumée qui avait été utilisée par l’opposition tunisienne anti président Kais Saïed pour dénoncer une « Tunisie bon élève » qui derrière les discours souverainistes se pliait à une requête jugée humiliante.
Reste à savoir si Gabriel Attal parviendra à convaincre qu’il incarne autre chose qu’une simple continuité d’Emmanuel Macron qui, pour rappel, avait promis 100% d’application des OQTF lors de sa campagne de 2017. Sur les réseaux sociaux comme dans les débats politiques, les réactions demeurent partagées : certains saluent un candidat jeune et technophile, d’autres dénoncent un repositionnement opportuniste et une campagne encore floue sur les questions sociales et internationales, et « tournant à la TV réalité » via des candidats aussi jeunes que sans carrure présidentielle.
